LA TUBEREUSE, A CLÉ LIE
Mais de qui les beautez durent à peine un jour.
Voyez-moi seulement, je suis la plus parfaite :
J'ai le teint fort uni, la taille haute et droite;
Des roses et des lis, j'ai le brillant éclat,
Et du plus beau jasmin le lustre délicat.
Je surpasse en odeur et la jonquille et l'ambre ;
Et le plus grand des rois me souffre dans sa chambre..
A son air de héros , à ses exploits guerriers ,
On eût dit que son cœur n'aimoit que les lauriers.
Que seule à ses faveurs la palme osoit prétendre ;
Cependant il me voit d'un regard assez tendre.
Après un tel honneur, cédez, moindres beautez :
Vous avez plus de nom que vous n'en méritez.
Vous, Clélie, excusez si j'ai l'âme hautaine;
Et si, dans mes discours, je parois un peu vaine .
Par l'avis de Sapho, je demande vos chants ,
Si chéris des neuf sœurs, si doux et si touchants,
Afin de publier, du couchant à l'aurore.
Que je suis sans égale en l'empiie de Flore;
Hue la triste hyacinthe avec tous ses appas ,
Et cette fleur qui suit mon père pas à pas.
Les roses de Vénus nouvellement écloses ,
Ajax si renommé dans les Métamorphoses,
La fleur du beau Narcisse et la Heur d'Adonis.
Toutes doivent céder à la fleur de Louis.
[Bibliothèque poétique , par Lefort de La Monnière. Paris, 1745, 4 vol. in-12. t. II, p. 519.]