‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 13 sur 279 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Alors M. de Tressa», voyant l'enfant interdit de l'exclamation, se hâta de prendre la parole :

— Oui, le jeune Flcury, que la Providence semble remettre aujourd'hui dans l'ordre naturel de sa destine'e, l'enfant artiste a été cardeur de matelas; et si, comme tout l'annonce, c'est une conquête pour le théâtre, c'est bien certainement une perte véritable pour la corporation des cardenrs,ct surtout pour les braves gens qui relevaient comme leur fils. Ces honnêtes artisans travaillaient pour l'établissement des enfans trouvés : épris de la gentillesse de Fleury, ils avaient obtenu que l'administration le leur confiât : depuis quatre ans, ils le soignaient et l'aimaient , déjà le petit s'acquittait envers eux ; il les aidait , et devenait habile dans leur mélier; et, eux s'étaient même adressés au Parlement pour obtenir une adoption en règle ; mais ce fut à ce moment que la nourrice infidèle étant à son lit de mort confessa tout à un bon prêtre; lequel avertit les parents.

— En vérité, dit madame de Bouftlers, je ne sais qui m'a le plus inspiré de pitié , de la bonne mère qui le perdit d'abord, ou des parens adoplifs qui viennent de le perdre à présent... J'espère que Votre Majesté ne les oubliera pas.

— Ni moi! s'écria le petit Fleury. Et cette exclamation lui valut un nouveau baiser de la marquise; baiser doub'einent agréable, en ce que pour le lui donner, elle l'attirait sur ses genoux.

— Ce sera un véritable artiste, dit M. de la Galissière.

— lia du moins commencé, reprit le comte de Tressan, cou. me le désirait Baron ; ce célèbre acteur disait que: (ont comédien devrait élre élevé sur les genoux des reines.

— Est-ce qu'il y a une reine ici? 'lit avec son humilité' hypocrite et son sourire qui demandait permission d'être significatif, le chancelier du roi de Pologne.

— Ii le foui bien , car moi j'y connais un flatteur, repli-

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qua le bon Stanislas, essayant son air royal. Puis , il offrit avec galanterie la main droite à la marquise, et sortit menaçant plaisamment de l'autre son premier et unique ministre.

M. de Tressan ramena le jeune comédien à ses parens , et ce fut ainsi que Joseph -Abraham Bénard, dit Fleury, fit son entrée au théâtre et à la cour , sept ans après sa première entrée dans le inonde , en 1750.

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