EDUCATION
Ce que je sais de l'histoire. — Penchant à imiter. — La cour de Stanislas Leckzinsky. — Portraits. — Le chevalier de Boufflers. ■ — L'abbé Porquet. — La dame de volupté. — Ma sœur Félicité Fleury. — Le vicomte Clairval de Passy.
Je suis un ignorant si complet et si bien reconnu pour tel , qu'en donnant au public ces souvenirs, où il trouvera peut-être de l'intérêt , j'ai voulu commencer par une anecdocte qui me concerne , mais que je dois à l'amitié d'un certain abbé Porquet , dont je parlerai tout à l'heure.
Cette anecdote est lidèle. On conviendra que j'entrais bien dans la vie d'artiste , et que ce commencement promettait.
Mon père et ma mère étaient comédiens et directeurs des spectacles de la cour de Lorraine. Mon père avait été' militaire : il me parlait souvent de son premier état , qu'il avait
exercé avec honneur; il m'a fait maintes fois le récit du sie'ge de Frilionrg en Brisgaw ; s'il ne s'y était pas trouvé , ce serait cela de moins que je saurais en histoire , et ce fut la seule chose qu'il m'en apprit.
Absorbé dans l'exercice de sa profession , et persuadé que son jeune fils serait un jour un élève distingué de la scène comique, il négligea singulièrement mon éducation: je savais à peine les plus minces élémens de lecture et d'écriture ; du reste, et d'après loi, la profession de comédien, et surtout de comédien de province, n'en demandait pas davantage. Savoir lire, pour apprendre les rôles par cœur; savoir griffonner assez pour les copier, si la mémoire est rebelle, cela sufli-ait, disait-il. L'éducation d'ailleurs à celte époqne , et du moins au pays où nous étions , était généralement assez négligée; on y suppléait au moyen de ce qu'on appelait les belles manières , le ton et le langage de la bonne compagnie.
Je restai donc ainsi jusqu'à l'a 'je de quinze ans , sachant fort peu , ou plutôt , tranchons Je mot, ne sachant rien, et n'ayant reçu que cette éducation extérieure, ce vernis élégant , que plus tard Bonaparte appela : l'éducation de la peau , et qui me sembla plus tard anss ,à moi. être souvent la brillante reliure de luen mauvais ouvrages. Quoi qu'il eu soit, me trouvant an min u d'un monde dont rien ne donne l'idée maintenant , j'acquis promptement celte espèce d allure, cet entrain de la b lie compagnie dont je fus d abord frappé à Piaucy. J'étais pour cela doué d'une sorte de tact, et d'un penchant à imiter qui me servait beaucoup. Les personnes du rang le plus élevé et du meilleur ton se trouv ient là ; le roi Stanislas avait pour nia famille la plus touchante houle. Habitué de cette résidence rovale , restreint , mais célèbre , 'étais particulièrement l'objet de la bienveillance de ce prince et des personnes qui composaient sa petite cour de Lunérille et de Coinmercy. Le roi , dans les derniers temps , avait pris en affection ces deux villes, qu'il habitait tour à tour. Société