X.A VEUVE DU MALABAR
Succès d'enthousiasme de cette pièce à sa reprise. — Causes de ce succès. — Le clergé s'émeut. — Lettre d'une femme malabare.
— Mode de donner des seconds titres aux ouvrages. — Dorât.
— Sa liaison avec Fréron. — Mort de Dorât. — Anecdote.
A défaut de pièces nouvelles, la comédie française venait de reprendre l'Orpelin de la Chine de Voltaire, quand afin d'obtenir la même faveur pour la Veuve du Malabar, monsieur Lemicrre , auteur de cette tragédie , nous adressa le quatrain suivant :
Par vos délais longs et sans fin C'est assez me mettre à l'épreuve, Vous qui protégez l'orphelin Ne ferez-vous rien pour la veuve?
Puis , il vint nous trouver et nous dit : « Messieurs, il n'y a point de veuve qui n'ait ses reprises , et je viens vous demander celle de la veuve du Malabar.» 11 obtint, bien que ce fût une mauvaise pièce ; les nouveaux ebangemens nous tentèrent ; peut-être y avait-il plus de mouvement
que d'action clans l'ouvrage, mais en y joignant une grande pompe de spectacle, on pouvait éblouir la multitude. Monvel y, remplit avec le plus grand succès le rôle du jeune Bramine , et Larive celui de Montalbnn. Demandé à la fin do sa tragédie , monsieur Lemierre n'ayant pas jugé à propos de se présenter , le parterre fit un tumulte effroyable et refusa de laisser jouer la petite pièce : on eut recours à l'expédient dont monsieur le due de Duras avait si souvent donné l'exemple : on fit venir la garde , et Sganarelle put débiter ses fagots sous le patronage des soldats du roi. C'est une chose digne de remarque que , depuis lors, il fallut doubler le poste du Théâtre-Français chaque fois qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire. Cette espèce d'agitation dont j'ai eu occasion de parler , se manifestait tous les jours davantage, noire parterre , jadis si pacifique , ne venait plus qu'avec la fièvre ; il est vrai que nos auteurs avaient le transport an cerveau, et que le drame qui avait cours , et la tragédie dont Voltaire avait donné le modèle, n'étaient pas propres à calmer les esprits.
La Veuve du Malabar se joua avec une affluence toujours croissante et eut trente représentations consécutives.
Et pourtant en 1770, cette même tragédie, à sa première apparition , était tombée dans les règles, tant on l'avait désertée; et pourtant encore, le fameux bûcher, les solennels apprêts de la brûlure, qui à la reprise produisirent un si grand effet, existaient de même dans l'origine. Fallait-il rapporter à Larive la nouvelle fortune de la pièce? Le fait est, qu'il s'y dessina superbement , et la manière dont il ravit la victime au bûcher lui valut les suffrages universels. Il était admirable poussant son cri: Lanassa dans lis flammes!!.... Il était beau d'amour et d'héroïsme quand il s'empanit de cette femme, avec son air d'aigle enlevant une colombe.
Mais Larive et Monvel et Sainval cadette , qui firent assaut de talent dans cet ouvrage, n'étaient qu'une cause bien secondaire de son succès : jusqu'à présent beaucoup