CHAPITRE XXIII
rôle de mon mieux pour la satisfaction des hôles illustres de Brunoy. Monsieur sourit, me fit de la main un signe amical (c'était toujours la preuve qu'il n'était pas conlent), et me laissa.
Annoncée avec éclat dans le pays, cette nouvelle représentation amena la foule, des billets d'entrée furent envoyés tant à Paris qu'aux personnes distinguées du voisinage, beaucoup de femmes qui s'attendaient à un spectacle agréable y vinrent avec empressement; quelle fut leur surprise! A la rigueur, le Galant escroc pouvait passer; car ce galant nommé escroc mal à propos, est un homme de cour qui fait adroitement justice d'une femme intrigante, en protégeant l'amour de deux jeunes gens; mais cet ouvrage fut suivi d'une parade intitulée : Isabelle grosse par vertu. L'embarras de ces dames fut extrême; et c'est ce qui réjouissait le plus Monsieur. J'ai eu occasion en cette circonstance de faire une remarque singulière : c'était Monsieur qui riait quand les jeunes seigneurs les plus libertins détournaient la tète; c'étaient parmi ces dames, celles sur lesquelles la médisance n'avait pas le moins du inonde à s'exercer qui s'amusaient le plus, quand d'autres ne pouvant rien perdre comme réputation, baissaient la paupière, et jouaient de révantail à force de main. Singulière affectai ion! bizarres sent bl ans de décence! serait-ce que , lorsque le vice est dans le sang , la pudeur passerait à fleur de peau?... ou bien serait-il possible que les eboses égarées dans le boudoir se retrouvassent en public?
Le rôle du comte de Guelphar me fut ce soir-là aussi favorable que de coutume ; il y avait une scène XIII (entre Mmc Gasparin et le comte) pour laquelle j'avais toujours reçu force complimens : c'était la scène où le roué de cour se trouve rn présence de la femme qu'il joue , et la persifle cruellement. J'étais toujours applaudi là , et l'avouerai-je? je croyais bien l'être à juste titre; pourtant, je reçus ce soir même une leçon que je rapporterai, autant
parce qu'elle est singulière que parce qu'elle marque l'époque.
— Mon cher Fleury , me dit en entrant dans ma loge et comme je me déshabillais, un des plus aimables seigneurs de la cour de Monsieur , je ne suis pas content de vous. — Je suis fâché, monsieur le comte, répondis-je, de n'avoir pas eu le bonheur de vous plaire ; est-ce du rôle en général ou de quelques parties du rôle que vous n'êtes pas satisfait? — La physionomie générale est bien, passablement bien; mais la scène XIII, la fameuse scène XIII! vous la manquez. (Il dit un mol plus énergique). — Je la manque? Mais, monsieur le comte, permettez-moi de vous dire que c'est celle que j'ai le plus étudiée, et j'ajouterai qu'on a le plus applaudie. — Et... vous vous fiez à votre jugement? — Je me lie du moins au goût du public. — Avez-vous imité quelqu'un? — Eh bien! oui, monsieur le comte, j'ai vu une scène analogue à celle-là : le vicomte D*" B"* L'" fut mon modèle. — Le vicomte D*"* B*** L***! Mais, mon cher, cela n'a pas de nom dans la noblesse! cela n'a pas de litre! cela n'est pas né! Cela n'a pu vous donner qu'un persifflage populâcier! cela a-t-il débuté (1)? Sur quelles possessions cs'-elle affectée cette vicomte? Sur sa paire de souliers à talons rouges, ses deux chemises ou son plumet? Prenez garde, mon ami, prenez-garde! Choisissez mieux. Quand on s'adresse aux femmes et qu'on s'en moque , il y a un ton , un air, une inflexion à prendre que vous ne trouverez qu'en hou lieu. Quand vous persiflez une femme, vous n'avez que le coup île poignard; mais la révérence dans la voix , la révérence dans la voix vous manque! Après le souper, venez me rejoindre.
Ce beau sermon achevé, il disparut.
Après le souper qui fut splcndiile, les invités des environs se retirèrent, et il ne resta que quelques habitués de
(i) On :i vu dans l'introduction <|iio débuter c'était d'abord faire
preuve de noblesse ascendante jusqu'à Tan 1400, et mouler cnsniie ilans les voitures du Roi.