‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 17 sur 279 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tendance apparente démon caractère, qui me portait au persiflage et à la moquerie ; je me regimbais cependant , je n'aimais pas la livrée: l'habit de cour, le bel habit pailleté, brillante , seul me séduisait , et c'était tellement une passion en moi, que souvent je me. glissais dans le magasin de mon père, et là , maître du terrain, je m'affublais de tout ce qu'il y avait de costumes d'éclat; puis passant et repassant devant la glace qui servait aux comparses , et me donnant des airs nobles ou penchés que j'imitais de tel ou tel, je me promenais me saluant marquis en passant à gauche, duc en revenant par la droite, augmentant ainsi de titres et de belles manières à chaque tour, de telle façon que j'épuisai bientôt la hiérarchie. Mon père m'a raconté qu'une fois il me surprit me souriant à distance, et me saluant dans la glace d'un « — mou cher Stanislas.» Apparemment je me voyais roi de France par la pensée, et je traitais de quelque affaire politique avec mon beau-père.

On juge que , me mesurant de telles hauteurs , les projets de mon père recevaient de mauvais accueil , et que j'avais de fréquentes altercations à ce sujet. Aussi désiraisje quitter Nancy le plus tôt possible. Je voulais un état indépendant : le joug paternel me pesait; voler de mes propres ailes me paraissait glorieux. Il ne fallait qu'une occasion : elle se présenta.

J'avais une sœur, une sœur charmante. Félicité Fleury, bien qu'elle fût à peine nubile , avait excité , par ses charmes et ses talens naissans, une sorte d'enthousiasme parmi les officiers du régiment du roi , habituellement en garnison à Nancy. Ces messieurs n'ayant rien de mieux à faire , avaient la réputation d'être fort inflammable.; de leur nature; mais celle fois ils se trouvaient de l'avis de tout le monde. Félicité Fleury était le diamant de la troupe et la gloire de la famille.

L'un de ces officiers , jeune et très-bel homme , M. le vicomte Clairval de Passy, s'éprit pour elle d'une violente

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