‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 197 sur 279 · TOME · texte numérisé non relu

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do son oncle, s'en éloignèrent ;ï l'en vi : pour bien comprendre ce sentiment unanime , il est essentiel de connaître quelques détails.

Quand Mnie Denis devint maîtresse de la fortune de M. de Voltiiire et libre de l'espèce de tutelle dans laquelle il l'avait assez sévèrement tenue, cette nouvelle Rosine avait soixante-huit ans passes; elle était laide, comte, grosse, développée, charnue, plus que complète même sous ce rapport , mais toutes ces magnificences avaient im aspect particulier : on aura une idée précise de ce personne) unique, en se figurant une femme dont , par m procédé nouveau, on voudrait avoir l'empreinte, et qu'an mettrait sous presse en en faisant bien peser les plaicaux d'avant et d'arrière; telle, et en y joignant une assez mauvaise santé, était Mme Denis sous le rapport physique.

Quant au moral, Mme Denis affichait de grandes prétentions. Semblable au fameux Schali-Baliam de Crébiliou, on ne pouvait pas avoir moins d'esprit qu'elle, et ou ne pouvait pas s'en croire davantage , et quoiqu'on tout un au il ne lui arrivât point une seule lois de penser juste , à peine en tout un jour lui arrivait-il de se taire une heure. Elle était constamment à l'affût du trait piquant, elle voulait sans cesse vous réjouir d'un mot alerte, d'une épigramme incisive, ainsi que ces amateurs de violon qui veulent toujours vous régaler de la troisième sonate ; elle se posait enfin en digne nièce de M. de Voltaire, et n'était pas plus avancée que le frère de l'iron ; bref, elle courait en tout temps après l'esprit, et elle atteignait toujours le ridicule.

Ainsi faite, à peine Mme Denis se vit-elle en possession d'une grande fortune et d'une complète indépendance , biens qu'elle attendait depuis long-temps , qu'elle regarda sa position comme inappréciable, et voulut en connaître tous les charmes; il lui fallait un ami , un guide, un coeur qui sût la comprendre. Tendrement tourmenlée de ses soixante-huit ans et quelques mois , le sentiment lui lit ou-

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