CHAPITRE XXX
les gouttièt'esniix plus aimables minettes des toits voisins... Mme de la Tour-Eccieux eut beaucoup à pardonner à son tour; niais une semblable escapade la réconcilia sans docte avec sa propre conscience, car l'histoire ajoute qu'elle revit son officier, et qu'il ne fut plus question de ses remords.
Cependant lady Mantz, après bien des allées et des venues, n'ayant pu parvenir à me mettre eu présence de Cagliostro, je résolus d'aller le voir moi-même; et comme je cherchais le prétexte sous lequel je voulais me présenter, à la fin le hasard me mit en face du grand homme : je le vis dépouillé de tous ses rayons, et pour ainsi dire en robe de chambre.
J'aimais beaucoup le jeu de paume, et parmi les joueurs j'avais une réputation de seconde force, je puis l'avouer , acquise à juste titre; je donnais même des leçons à quelques-uns de mes camarades, et notamment à Dngazon,qui avait d'heureuses dispositions à tous les exercices du corps, et promettait de n'être pas trop maladroit à celui-ci. Nous avions choisi pour notre lieu de rendez-vous le jardin de la Redoute chinoise , endroit décoré, en ce temps-là , dans le genre le plus bizarre, clos champêtre, entouré de murs; mais on y trouvait un tout petit café en rocailles, très-frais et très- tranquille, et comme, les jours sur semaine, personne n'allait là, nous avions l'habitude de nous y réunir et d'y déjeuner, nous rendant ensuite à notre jeu de paume si la fantaisie nous en prenait , ou bien nous faisant repasser mutuellement nos rôles, en prenant grand soin ( pour ce travail) de n'être pas vus, évitant ainsi les importunes demandes de billets ou d'entrées, dont on nous accable toujours quand nous prenons nos habitudes quelque part.
Un matin , comme nous entrions assez rapidement à la Redoute, eu saluant une petite femme assez gentille qui commandait dans la maison, elle nous fit un signe; nous approchâmes. — Messieurs, nous dit-elle avec un air tout satisfait et tout mystérieux, je vais vous faire bien plaisir;
nous avons M. de Cagliostro : il est venu déjeuner nvec sa femme; ne faites semblant de rien, promenez-vous , et.... donnez la pièce ronde à Jacques poiïr le spectacle que je vous procure.
Nous donnâmes à M. Jacques , qui était son amoureux et devait l'épouser, un gros écn tout neuf, et fort contens de la rencontre, nous nous acheminions vers le jardin, quand la jeune femme nous arrêta encore : « J'ai oublié de vous prévenir, dit-elle, que M. de Cagliostro a demandé qu'on n'admit personne dans le jardin pendant qu'il y serait; comme je ne veux pas refuser nos bonnes pratiques, je lui ai dit que nous ne recevrions pas, si ce n'est deux ou trois conseillers de bailliage, qui avaient l'habitude de venir. Je ne sais pas votre état, messieurs ; mais j'ai donné celui-là; c'est un élat posé ; il ne faut pas effaroucher M. le comte , si vous lui parlez , dites-lui que vous êtes les conseillers en question.
— Vous ne croyez donc pas qu'il soit sorcier ? — Ah ! ben oui, sorcier! il ne sait pas faire la différence du bourgogne an bordeaux ; mais Ça m'est égal.
.Nous quittâmes bien vile la jeune incrédule : je mourais d'envie de rencontrer le comte mystérieux, et Dugazon grillait de voir sa femme. ISyus n'eûmes pas longtemps à chercher.
Un petit mouvement, dont nous avions de la peine à nous rendre compte*, était régulièrement donné à des branches de lilas , qui remuaient comme si élira eussent été poussées à temps égaux , par le balancier d'une pendule ; puis, sans voir la main qui la tenait, nous apercevions une baguette s'élevant et s'abaissant; le massif de lilas placé entre nous nous empêchait de nous rendre compte de ce je ne sais quoi d'extraordinaire. Cette sorte d'agitation cadencée ne se faisait pas sans paroles , mais elles étaient en une langue étrangère, et nous ne savions que penser en voyant la persistance du mouvement que j'ai , avec assez de justesse, comparé à un balancier ; car là derrière tout semblait