MÉM8TU9 DE FLEUHY
se mit tout de bon en colère, et son conventionnel-secrétaire eut un mauvais quart-d'heure à passer.
— Je vous ai pardonné toutes vos fredaines , Monsieur! lui dit-il vertement ; j'ai r égarai comme une plaisanterie d'écolier mon vin bu; mais me compromettre ainsi! je dois compte au monde de ma dignité de législateur, et vous me laites sottement parler quand de partout on m'écoute! et vous me donnez un ridicule aux yeux de l'Europe entière!
II ne se brouilla pas cependant ; le pli était pris ; ce secrétaire lui avait comme jeté un sort ; c'était d'ailleurs un honnête garçon , mais, comme on voit , un peu prompt à la plaisanterie. Plus tard Mercier l'excusait lui même; il se serait jeté au feu pour le sauver d'un danger. « L'imprudent jouait ma tête , disait-il ; mais à part ce petit défaut, c'est un homme rare, un homme unique, et moi seul , je puis l'apprécier. »
Il l'appréciait d'après ses excellentes qualités ; mais aussi d'après la grande science de. Lavater dont il était devenu disciple fanatique'.
Ce serait manquer un trait à la ressemblance de Mercier que d'oublier avec quelle passion il s'appliquait à l'art île connaître les hommes à l'air du visage, et sa grande croyance à cer laines physionomies. Lorsqu'il en avait deviné une, et qu'il l'avait devinée dans un sens favorable ,il en aurait surpris le porteur, la main dans le sac, suivant le proverbe, qu'il aurait dit : C'est moi, Mercier, qui me trompe , le voleur est d'obligation un honnête homme, le visage est en règle.
On a raconté que Lavater lui-même lit de Mercier un de ses prosélytes : il avait vu le docteur suisse, il est vrai , dans un voyage en ce pays , et l'on ajoute qu'il y entendit des choses surprenan tes (1); mais cela !e. conlirma seulement en sa croyance déjà ancienne.
(l) Mercier s'était présenté pour consulter Lavater, sans lui dire son nom , niais le docteur célèbre ayant examiné sa physionomie,