‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 255 sur 279 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

— L'impossible, me répondit Contât. — Oh ! non , rcpltquai-je ; il me faudrait nn rôle où il n'y eût pas de comparaison à établir, où j'aurais mes coudées franches; on rôle aussi original par l'exécution de l'auteur que parce qu'il y aurait élorinemcnt général dans le public quand ce serait moi , Fleury, qui l'exécuterais; un rôle enfin comme celui qui vous a porté si haut : une espèce de Suzanne du Marimge. — Bon ! je vous commis ; vous êtes ambitieux ! Vous ne voudriez pas endosser la livrée comme j'ai pris le tablier. — 11 est vrai que la livrée m'est antipathique. — Voulez-vous que je vous fasse une proposition? — Faites. — Àinierirz-vous à avoir pour habitation un beau palais? — J'aime assez les palais. Est-ce là le plus difficile? — Commatideriez-vous volontiers à cent mille hommes? — Cetit mille! Il doit se trouver bien des mauvais sujets dans ce nombre-là ; niais, recommandés par vous, madame.... — Mous Fleury, vous avez bien l'air de savoir quelque chose de ce que. je vais vous dire. — Pariez que je le sais , vous aurez gagné. — Et vous me laissez là, filer une scène, quanti vous êtes instruit... — De vos bonnes démarches , de votre amitié pour moi , de tout ce que vous avez fait pour transporter de la Comédie-Itali' nue ici le grand Frédéric. Je sais que 1 auteur voulait donner le sceptre à Dugazon ; je sais que vous m'en avez jugé plus digne. Pendant ces négociations où il s'agissait de décider entre un camarade et moi, je n'ai pas cru décent de rien faire paraître ; mais puisque tout est conclu , que je vous dise combien mon cœur est plein! combien il se souviendra de ce service signalé! C'est mon avenir, c'est mon nom , c'est ma gloire que vous venez de me donner là. Maintenant que je vous remercie de toute mon aine, comme ami , et.... permettez que je vous embrasse comme roi. — Vous savez donc que je joue l'hôtesse , votre très-humble sujette?

Sans répondre, j'embrassai de tout cœur cette bonne, cette excellente amie. Mon baiser retentit dans tout le foyer.

— Est-ce qu'il est tombé quelque chose? s'écria Duga-

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