‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 270 sur 279 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

cipe de galanterie dont je me suis toujours parfaitement trouvé.

Mais après son départ (qu'elle nous avait déjà annoncé en nous priant de garder pour moi sa loge), je demandai des renscignemens à mon peintre qui m'avait semblé être au fait ; il me nomma ces dames, et je retins le nom de Mme de Sainte-Amaranthe.

Cependant je n'avais entendu que trois noms, et parmi les rubans, les parures et les plumes, je découvrais encore, comme au milieu de brillantes broussailles, une quatrième figure; je demandai si de celle-là on ne me dirait rien.

— Celle-là , me fut-il répondu , est maintenant sans conséquence, bien qu'elle promette un bel avenir. En attendant mieux, c'est une enfant très-jolie , fille , assure la chronique, de M. le vicomte de Saint-Pons. — Et de...? répliquai-je. — ■ De Mme de Sainte-Amaranthe, cela va sans dire. — Vous paraissez bien instruit , continuai-je ; mais si ces dames appartiennent en quelque chose à l'empire de la mode, j'avoue que je suis tout honteux de ne point les connaître.— Pends-toi, Crillon! car pour Mme de Sainte- Amaranthe rien de ce qui la concerne n'est ignoré du monde élégant; elle reçoit même , et j'ajouterai que c'est la maison de Paris où l'on accueille le mieux les artistes. Cependant il n'y a point de mal à ce qu'elle vous soit inconnue , depuis deux ans elle s'était un peu déshabituée de Paris , les personnes avec lesquelles vous la voyez sont des châtelaines de Cercy, où elle-même possède une maison de campagne du meilleur goût. — Elle a tort , répliquai-je vivement , en arrangeant ma lorgnette pour mieux voir l'objet qui m'occupait ; il est des femmes à qui la campagne devrait être interdite.

J'allais regarder de tout mon pouvoir, mais en ce moment où la danse finissait , le dernier tirage des lots devait avoir lieu; on sortait, on se promenait dans les corridors, on venait dans le pourtour, et ma loge favorite se dégarnit. Pendant cette partie, intéressée du spectacle j'écoutai mou

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peintre qui se mourait d'envie de me dire tout ce qu'il snv;iit, ou croyait savoir, sur une femme appartenant en quelque chose aux femmes à fracas d'alors.

Mme de Sainte-Amaranthe était une fille de qualité du nom d'Arpajon. Elle avait été élevée par une mère qui peut-être ne fui pas toujours sévère en ce qui la concernait, mais qui, comme cela ne manque jamais, s'était monlrée un argus impitoyable pour sa fille , défendant à la pauvre enfant jusqu'aux choses permises, apparemment en compensation de ce qu'elle se permettait les choses défendues.

Malgré leshonnes intentions maternelles, la jeune d'Arpajon se montra ingrate , et la ville de Besançon , que les deux dames habitaient, retentit bientôt du hruit d'une aventure, qui certes, ajoutait mon narrateur, ne porta tort à personne, car il y eut dans l'affaire un heureux de fait , ce qui est de bon exemple ; et pendant nue quinzaine , la ville de Besançon se trouva défrayée de médisance, ce qui est tout profit dans un pays où l'on en faisait une grande consommation.

Malgré l'éclat qui s'ensuivit, peut-être même à cause de cet éclat , un épouseur se présenta , et rien ne prouve que cette demande en mariage ne fût point une réparation , quoique la malicieuse ville ait mieux aimé n'en rien croire, parce qu'ainsi au lieu d'un scandale elle en avait deux. Mais on quitla bien vite Besançon , et Paris vit arriver, tout heureux et tout rayonnant , le sieur de Saiute-Amaranlhe, capitaine de cavalerie, homme de cœur de son propre fait, homme de coffre-fort de l'héritage de son père (en son vivant receveur- général des finances), et maintenant homme heureux et riche de. deux nouveaux trésors : les vertus et la beauté de son épouse.

M. de Sainlc-Amarauthc avait un enthousiasme conséquent : au^si fut-il amoureux de sa femme pendant deux grands mois. Pour lui personnellement c'était beaucoup , et c'était inouï chez les capitaines de cavalerie de l'époque : deux mois de fidélité, vers 17C0 , faisaient une sorte de

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