CHAPITRE VIII
niée , et surtout , au-dessous d'une solennité' aussi imposante.
Mais comme il faut faire la part de tout , il est vrai qu'on était généralement indigné de I'énormité de l'injustice faite à MlleDumesnil en faveur d'une actrice hautaine qui s'était retirée du théâtre par une sorte de boutade dont le publie lui savait mauvais gré. En résultat , elle ne satisfit pas les spectateurs, qui relativement aux chœurs d' Athalie furent également partagés.
Au gré d'une partie du public , cette musique faisait un merveilleux effet, Selon l'autre, elle refroidissait et affaiblissait l'action , et j'avoue que je fus en partie de ce dernier avis.
Cependant la question ne peut pas être résolue d'après cet essai , et comme c'est une liante question d'art , il y a sans doute à examiner davantage et à y revenir encore.
Je ne suis pas assez savant pour apprécier l'effet des chœurs du théâtre antique. Les Grecs et les Romains (je leur demande pardon de parler d'eux) d'après mes lectures, et ce que m'en ont dit les doctes, avaient au théâtre une sorte de langage mesuré , soutenu même par des i us— trumens. Le récit ordinaire était donc une alliance de la parole avec la musique , et quand les chœurs arrivaient , l'oreille étant toufc préparée , nulle disparate ne la choquait ; chez eux, ces chœurs pouvaient faire un bon effet ; chez nous , rien de cela ; ils sont au contraire évidemment nuisibles placés dans ies eulr'acles , non-seulement parce quil n'y a plus d'instant de repos, mais parce que cette musique partageant une pièce eu quatre intervalles égaux, venant dans un temps donné et prévu, à cause de cela même disjoint l'action , et n'appartii ni à la pièce que par une volonté bien arbitraire de l'auteur, et par une large concession du côté de ceux qui écoulent. L'emploi de la musique serait bon sans doute, si e'ie entrait dans le drame: : si , par exemple , elle était un signal , au milieu d'un acte ; un détail de mœurs, après ou dans une scène ; si , elle devt-
Si MEMOIRES DE ILELHY.
unit un conlraste bien amené : ce serait une faute alors de s'en passer. Il ne faut point bannir les chœurs ; il faut les placer. Je le répète , ces retours égaux , comme les temps d'un balancier, sont monotones, manquent de vérité et alanguissont un ouvrage , la musique devrait au contraire le faire marcher : elle nuit quand elle ne sert pas. Ceux qui la dénigraient en cette circonstance, comme ceux qui la vantaient trop, pouvaient trouver dans cette même pièce $ Alhalie des raisons pour n'être pas si absolus ; car les uns donnant comme preuve l'ennui général , les autres pouvaient répliquer par le bel effet musical du moment de la prophétie; ici, les accords du musicien firent une grande sensation , parce qu'en ce moment ils étaient non-seulement nécessaires , mais indispensables ; ici , la musique ajoutait un effet aux autres effets : ces harpes du tabernacle soutenant le grand -prêtre , et secondant son inspiration prophétique, c'était juif autant que Joad, juif comme le poète et la Bible.
Du reste , à part le peu d'effet de cette musique , je partageai l'ivresse des spectateurs. Rien ne peut donner l'idée de la magnificence du spectacle; les décorations étaient d'une beauté d'imitation admirable , surtout le dernier tableau, dont l'effet fut prodigieux. Qu'on se représente ce grand voile du temple, s'ouvrant en deux parts immenses, le roi des Juifs sur son trône d'or, et tout à coup, cinq cents lévites et guerriers débouchant sur le théâtre par quatre côtés sur dix de front; un tel dénouement présentait le coup d'oeil le plus imposant et le plus terrible à la fois. J'ai lu les Saintes Écritures, dans ce livre que l'abbé Porquct ouvrait si rarement. Eh hien ! toutes les idées que je m'étais faites des splendeur» de Jérusalem étaient devant moi; ajoutez à cette pompe théâtrale les somptuosités de la salle, le luxe étalé dans les loges par la cour la plus brillante et la plus riche de l'Europe, et vous vous formerez une idée de l'éclat d'un tel spectacle; je n'ai vu nulle fête semblable depuis : pas moine ces fêles d'un autre ma-