‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 98 sur 279 · CHAPITRE XVJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVJ

verve de Dornt de s'allumer, et la Comédie-Française de recevoir le contre-coup.

Nous battîmes en brèche les répugnances académiques avec deux fois cinq actes : Roséide et Pierre-le-Grand eurent un succès étourdissant ; Dorât avait fait les pièces , et nous avions fait le public.

Quand je dis que nous eûmes un succès e'tourdissant , je m'explique ; c'est-à-dire, que nos amis y mirent du zèle ; mais par exemple , à Pierre-le-Grand, tout ne fut pas si bien qu'il ne nous fallût prendre d'autres arrangcmens et méditer un nouveau plan de bataille.

On saura que nous avions, pour la plus grande gloire de Dorât , des assemblées préparatoires ou délibératoires , où nous nous concertions pour prendre nos mesures littéraires : ceci était un peu le secret de la Comédie.

Après la première représentation de Pierre-le-Grand{{) , du 3 septembre 1779, les conseillers de l'auteur et ses amis intimes se rendirent chez M,le Fanier; Dorât nous y attendait (j'étais alors du nombre des élus). Tout le monde eu chorus trouva la pièce superbe, et surtout Mnie la comtesse Fanny de Beauharnuis qui s'intéressait d'autant plus à son succès, qu'elle avait prêté à Dorai deux vers bien à elle; l'un, au commencement du deuxième acte, et l'autre, l'avant-dernier de la troisième scène du cinquième acte; précisément ceux-là avaient été assez ballottés, et l'aimable comtesse mêlait, je crois, un peu d'amour de mère à son enthousiasme.

L'ordre du jour était d'obvier à la malveillance d'un parterre illettré, en sacrifiant certains endroits qui , disions-nous , « n'étaient pas à sa portée. »

Voici la liste de l'association pour les coupures , ratures,

(I) P ierre-lc- Grand était la refonte de Zulica, revue, corrigée et augmentée; Zulica n'avait pas eu de sucrés en 1770, et maigre ses neuf années de repos et son nouvel appareil, le public ne s'y méprit pas, et Dorât fut éloigne plus que jamais de l'Académie.

coulures et changement de Pierre-le-Grandt association constituée , comme par le passé , en comité de succès.

Messieurs :

De La Bouilleric, aidc-dc-cainp du régiment des gardesfrançaises , amateur très-assidu.

Président d'Héricourt ; aimé littéralement de Funitr, épouse littéraire de Dorât.

Sanguin de Roulé, conseiller au parlement; aussi amateur.

Marquis de Saint-Marc, le gascon de Voltaire; auteur d'Jdèle de Pontkieu, à l'Opéra.

Lemicrrc, auteur tragique.

Dudoyer, auteur donnant dans les deux genres, en attendant qu'il réussit dans l'un ou dans l'autre.

Fleury.

Mesdames :

Comtesse de Benuharnais. On disait d'elle qu'elle faisait son visage et ne faisait pas ses vers ; je ne sais si la dernière assertion est fondée ; quant à son visage, si elle le faisait elle y mettait de la maladresse.

Panier, enfin, l'amphytrion littéraire.

Je ne révélerai pas le mystère de notre délibération ; je ne dirai pas quels vers furent coupés , quels autres créés , quelle sentence à effet fournit Lemierre, de quel hémistiche Dudoyer enrichit le régénérateur de la Russie. C'était à qui apporterait son contingent , celui qui proposait un point n'y mettant d'ailleurs pas plus de fierté que celui qui n'avait proposé qu'une virgule. Dans celle savante assemblée, mon rôle élail bien petit, moi, pauvre diable sans science et ne pouvant opiner que du bonnet : ce que je lis, à la satisfaction générale.

11 y avait une singulière chose à observer au milieu de ces dispositions belliqueuses : c'était Dorât, nous aidant dans tout cela, et puis ensuite, avec cette bonne opinion

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