CHAPITRE II
sais-je ? et voire amour est compris , il est partagé , on se sert de votre langage, on vous répond; vous répliquez ; et ces atiiours-là ont des bouderies , des raccommodemens, des jours heureux, des jours mélancoliques, et ces amours ne sont point de celle espèce qu'on appelle amour platonique : l'amour platonique est égoïste , exclusif. L'amour platonique est le plus usurier de tous les amours; tandis que mon amour, à moi , n'empêche point le cœur d'avoir son courant ordinaire; il n'a pas i)lus la jalousie de l'amour métaphysique que de l'amour à conclusion ; c'est pourtant de l'amour ; m:ns il est fail de sorte qu'il vous permet votre aulre passion, votre passion nécessaire, votre senliment quotidien. Une femme, un mari, un amant, une amie, s'offenseriiient de cet amour sans doute et ils auraient tort; car leur tendresse profite de tout ce que l'on ne peut pas donner à celle-là, disons mieux, elle profite de tout ce que l'on ne voudrait pas lui donner; l'anjour dont je parle est enfin une espèce de senliment dévot qui rayonne sans briller, c'est, si l'on veut, de l'amour moins la présence réelle.
M*^® deSainte-Amaranthe inspirait cet amour-là au petit nombre de ceux qui avaient su découvrir tous les trésors renfermés dans celte belle ame; elle l'inspira surtout plus tard à l'un des plus charnians comédiens de nos théâtres lyriques , artiste alors fort jeune et devenu depuis fort renommé, beau garçon, homme ainjable, ami dévoué et que je vis longtemps après , essayer des amours moins élhérés sans doule; mais sans doute aussi moins tendres et d'un moins précieux souvenir. Si je le nommais ici , chacun s'empr. sserait de ratifier le bien que j'en viens de dire ; mais il est des secrels que je respecte, et, quoiqu'à regret, quand j'aurai à peindre les angoisses (junne fois il bouf- Irit, je ne mettrai pas son nom sous le t;ibleau.
Puisque j'en su s à l'obligation que je devais me prescrire de jeter parfois le voile de l'anonyme sur quelquesuns des personnages qui se sont trouvés en scène avec moi ,