CHAPITRE X
Sans oser rassurer, ma sœur ne doute pas que Robes- ])ierre n'iûl ainsi des Ictires toutes j)réi)areesà ?a disposition, qu"on lui apportait à des niomcns convems et qui lui servaient de prétexte pour donner ou prendre congé. Cet homme, le premier répul)licain sous la Monarchie , et le premier monarchiste s^us la République, s'entendait admirablement à donner de l'eau bénite de cour. Ma sœur devina celte manœuvre, et s'en tint là de ses démarches; elle savait d'ailleurs combien je les aurais désapprou- V é<'s.
Telle est la grande hisîoire de l'expédition chez Robespierre; cela ne vit que de détails, c'est un petit drame d'intérieur où l'im trouve un commeneement et point de i'm ; j'en laisse tirer à chacun les conclusions qu'il voudra. Ma sœur y perdit ses pas , et ma lilie en fut pour son orange , car l'orange état restée sur la chaise de l'illustre; mais l'aventure n'en devait pas finir là; et c'est par M»^® Brnlé qu'elle se conli:iue.
En sortant de cet appartement plus somptueux qu'on ne l'imagine, mais ({ui contr;ist;iit avec le reste de la maison, vérit.able habilution de memiisicr, ma sœur comptait parler à sa donneuse d'orange ; l'espèce de connaissance que cette femme avait du caractère de Robespierre lui faisait espérer que , par son moyen , ce serait seulement partie remise; elles marchèrent ensemble un moment; mais arrivées au bas de l'escalier, M^neBrnlé, sans mot dire, au lieu de tourner avec ma sœur sur sa main droite, côté de la sortie, tourna à gauche , et arpentant des redoutes de ])lanches , difficiles à franchir, même pour une jeune femme, elle alla vers le fond d(^ la cour, où se faisait entendre le bruit du travail et des voix rau(pies d'ouviiers.
Le désappointement de Félicité fut grand ; elle vit que la marchande, après avoir cédé à un premier mouvement d'humanité, ne voulait plus se compromeltre : et véritablement , il faut le dire , il y avait moins de danger dans le cabinet du proconsul qu'il n'y en avait aux environs; sa
maison était sous l'œil de tout ce qu'on pouvait trouver de plus pur en snnguinocratie (expression de Mercier), c'està-dire que Robespierre, riche d'astiice et de petits moyens, s'était environné seulement de gens ayant de graves reproches à se faire et qu'un seul mot de !ui pouvait placer sous le glaive. Il leur laissait la vie comme loyer de leur zèle; aussi jamais espionnage ne fut plus actif et mieux entendu.
Je ne savais rien de ces démarches ; non seulement je les aurais blâmées , mais je me serais fâché sérieusement ; ici je n'ai pas à faire mon éloge, mais je ne serais point sorti seul de prison , je n'aurais pas voulu d'une liberté dont tous mes camarades n'auraient pu profiter : mourir avec eux ou être libre avec eux , tel devait être mon sort ; la résolution n'avait rien d'héro'îque alors, des en fans avaient fait aussi bien. Je me regardais comme un soldat en faction ; certes, j'enviais peu les honneurs du martyre, j'aime à vivre , mais je serais mort , parce que je m'étais bien dit : l'honneur est là. Or, ce que j'ai toujours eu le l)lus à moi , c'est ma volonté.
Cependant j'étais privé des visites de ma sœur ; j'appris qu'elle était malade. Terrible anxiété ! Je ne pouvais recevoir de ses nouvelles qu'avec toutes les précautions de la prison et d'après les paragraphes d'un règlement sévère : c'était à en mourir! Félicité était mon seul espoir; je ne savais quelle serait l'issue de notre ailaire; elle mennçoit d'être cruelle ; je n'avais que mon père , qui se faisait bien vieux , un fils à peine adolescent, un frère enfant, j'allais périr peut-être, et Joséphine se trouverait ainsi dès long-temps sans appui. Pauvre orpheline! pauvre chère enfant que j'aime ! Oh ! alors des idées d'évasion me prenaient , je pensiis à mes ressources , aux amis que j'avais , je voulais faire im appel à tous les puissans que je connaissais encore, mais s'ils étaient restés puissans, c'était par un infâme abandon; et je pensais aussi à quitter mon poste! Non . r,ch ne devait pas être! je sou lirais comme père ,