CHAPITRE X
mais j'étaisfortcomme homme. L'eussé-je été long-temps? je ne sais , car j'éprouvais toutes les angoisses.
Je croyais ma sœur près de mourir quand on m'avertit qu'elle-même est là , qu'elle vient; je cours : Joséphine , ma fille, n'est pas avec elle ! Pourqtioi? La pauvre enfant, à son tour, serait-elle en d;niger? Je rejoins ma sœur ; à peine pouvait-elle se soutenir, mais sa figure mourante portait une bonne nouvelle. Elle avait l'habitude de lire dans mon regard , elle me comprit. — Non , non , Joséphine n'est pasmalade,etmoi jeme porte mieux; j'ai besoin de te voir, de te parler seul , seul , me dit-elle à l'oreille.
Je lui donnai le bras , ou plutôt je la portai dans ma cellule (dans cette nouvelle prison, nous avions chacun la nôtre) ; là, avec une respiration difficile, aulaut d'émotion que du défaut de force , elle me conta ses visites aux proconsuls, leur peu de succès; et comme j'allais l'en blâmer: — Oh ! ne me gronde pas , me dit-elle, car là le hasard m'a dotiiié une amie , et je crois aussi, ajouta-t elle avec des Farmes de joie et de ces sourires de bonne femme qui n'appartenaient qu'à elle, je crois aussi une libératiicc |)oui' toi.
Malgré ma position extrême , la gravité des pensées qui deviiient me dominer et me dominaient en effet , malgré la présence de Félicité , ce mot de libératrice chatouilla mon cœur, une infinité de légers fantômes parurent devant moi. Une libératrice ! c'est une femme ! Une femme ! c'est la jeunesse , la beaulé , la fraîcheur, et , dans ce cas , c'est aussi le dévouement, c'est la femme tonte complète enfin. A ce mot magiijue , je ne sais quel corlège agréable passa devant moi , je craignais l'instant où m.< sœur me révélerait un nom, circllene pouvait m'en révéler qu'un , et j'aimais à nppli(|uer un beau mouvement de cœur à une quan.iLédaima()les visagi's; en ma pensée , je leur l'aidais accueil, et m'eiitour.int de tant de doux sourires, d'yeux si IVipoiis , si agaçans et si tendres , je disais à toutes ces suaves figures : Laquelle?
— Connais-tu M™e Brnlé? reprit Félicité. — Non , répondis-je avec une grande envie de bouder.
Il me semblait que ce beau nom de libe'ratrice ne s'accordait pas avec celui de : Brûlé. Ma sœur fut impitoyable.
— Comment! tu ne connais pas une vieille femme, moins vieille que son uge peut-être? Une marchande à la toilette?
Adieu ma jolie procession de lout-à-l'heure! Si ma sœur avait élé en bonne sanlé , je lui aurais re'pondu avec mauvaise humeur ce que je lui dis d'un air qui ne paraissait qu'étonné.
— Une marchande à la toilette? une vieille, bon Dieu! que me dis- tu là?
Alors Félicité me raconta le petit épisode de l'orange : en voici les suites.
Elle était au lit, malade ainsi qu'on l'a vu, fort inquiète, fort tourineutee surtout des pensées que son absence devait exciter en moi , lorsque M.^^ Bellot, femme de M. Bellot, ancien caissier de la Comédie-Française , chez laquelle j'avais désiré qu'elle se mît en pension avec ma fille aussitôt après mon déparl de la maison (maison trop grande pour elles, et qui, d'ailleurs, ne pouvait plus convenir à ma nouvelle Ibrîune), lorsque M'"^ Bellot , dis-je , vint lui demander si elle pouvait recevoir une revendeuse à la toilette qui prétendait avoir été appelée par la citoyenne Sainville. Je poussai un cri de joie, me dit Félicité; je n'avais pas oublié M^^e Brûlé et sa bonne intention; peut-être venaitelle maintenant de la part de Robespierre ; peut-être m'apportait elle quelque parole consolante pour toi. Je ne délibérai donc pas , et je dis : Faites entrer M^^^ Brûlé. C'ét-ùt elle, en effet; cette fois, plus en toilette que le jour de notre rencontre chez Robespierre, elle avait su donner à rajustement simple qu'on porlaitalors quelque chose d'arrangé et de théâtral qui allait parfaitement à sa physionomie; niais cette physionomie m'annonçait de bonnes in-