‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 127 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

• ci-devant comédiens français : tu sais , ainsi que tous les «patriotes, combien ces gens-lù sont contre rth'olutiony>naires ; tu les mettras en jugement le 13 messidor. A l'c- »gard (les autres, il y en a quehjues-uns parmi eux qui ne » méritent que la déportation ; au surplus , nous verrons ce «qu'il en faudra faire après que ceux-ci auront été jugés.

yy Signé Collot-d'Herbois. »

Sans connaîlre ces pièces menaçantes, mais bien instruite que l'on voulait en liiiir avec nous et j)ronipiement , la comtesse , privée de l'aide de lady Mantz , prit la déterminntion d'agir par {'Ile-même , autant qu'elle le pourrait , sans compromettre la cause à laquelle elle avait besoin de se conserver. Jamais elle n'entrait dans Paris, sachant bien que des émissaires étaient aux aguets pour la saisir. Sa cachette habituelle était à Sanois, et , si mes souvenirs sont fidèles , dans la maison du meunier; c'était de là quelle partait, donnant à lady Mantz des rendez-vous dans la campagne etne choisissantjamais les mêmes lieux; elle avait eu le temps d'apprendre mon refus dont elle parut fort courroucée; mais la main de fer qui faisait tomber tant de têtes était sur n)oi , elle se hasp.rda à Iraverser la b.irrièrc : c'était risquer sa vie, n'importe ! un jour, à huit heures du matin , elle se fit introduire chez ma sœur par M'^^Bellot.

— Il ne veut pas que je le sauve ! dit-elle l\ Félicité saiis autre préambule , et ce seul mot parti (\\\ cœur la lit assez connaîlre. Il ne le veut pas! Mais faites -l'y consentir. Voyez , voyez vous-même à remplacer l'amie qui nous man(jue. Séduisez tout ce que vous pourrez séduire. Faites-le évader. Qu'il puisse seulement sortir de Paris et j'en réponds; mais, je le sais, il est perdu s'il y reste!

Et la i)auvre femme pleurait, se jetait aux genoux de ma sœur, qui, surprise et attendrie, ne savait comment répoudre ; cependant elle se remit.

— Hélas ! Madame , lui dit-elle , je crains bien que cela

ne soit impossible. J'.-ii la tête perdue. L'activité de lady Mantz me soutenait ; j'espérais avec elle , mais , sans elle , que l'aire? Je n'ai ni crédit, ni influence, ni ressources! — Au-delà des barrières, j'ai du crédit; un peu plus loin, j'ai cette inflnonee qui vous manque. Des ressources ! en voilà, en voilà à faire ouvrir l'enfer ! et elle jetait sur le parquet plusieurs rouleaux de louis d'or et un magnifique écrin. Voilà de quoi acheter plus d'un geôlier, plus d'un gardien. Qu'ils fuient avec Fleury dont ils protégeront la fuite ; je me charge de leur sort. S'ils ont une famille , je la ferai heureuse, mais agissez, agissez !

Emue par tant de tendresse , élevée par tant de courage, Félicité lui promit de me voir et d'agir comme elle l'entendait.

— Je vous attendrai à la barrière du Trône. S'il consent enfin , il faut que dans deux jours il se trouve au même endroit; je ne puis rester plus long temps à Paris; voyez ! frappez avec de l'or à toutes les portes, promettez, prodiguez l'or ! si cela ne suffit pas, j'en aurai encore.

Et là-dessus elle partit; emportant , non sans avoir eu querelle avec ma sœur, l'argent et les bijoux que celle-ci refusa jusqu'à ce qu'elle m'eût vu et essayé ce (ju'il y avait à faire.

Quand la comtesse s'en alla, il était dix heures du malin, et, à deux heures après midi, cette bonne, cette excellente amie devait recevoir ma réponse ; j'étais vivement louché, ma pauvre Félicité attend.iit ma décision comme s'il eût suffi d'avoir ce consentement pour faire tomber nos hautes murailles ; je l'avoue, il se fit dans mon ame un long combat, un vacillement que je n'étais pas accoutumé à y laisser pénétrer; mais il fallait s'expatrier ou se cacher sans cesse ; mais il fallait quitter ma famille , il fallait se couvrir de cette lâcheté d'avoir abandonné mes camarades; mais il fallait accepter la difficile position de tout devoir à une fiMume. A chaque noble raison qu'on se donne pour accomplir un acte de courage et à laquelle on trouve à ré-

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