‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 132 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Mais il ne suffisait pas d'avoir gtigm^ le père Thévenin ; il y avait à Lyon mu; maman fort st-vèrc, très aricleo; comment i'altendiir? Le ponrrait-oii sans renoncer au lliéâlre? Cependant le Ihéàlrc était bien nécessaire. Le temps lin rep^s était à peu près .'srrivé jjonr les deux e'ponx; et eussent-ils pu travailler encore, qni sait si le travail selail venu? Dans les villes mamilactnrières , tout changement se fait sentir. La révolution, malgré les promesses de ses commencemens, avait arrêté le commerce à Lyon; or quand c'est jour de repos pour les fabriqnes, la ville chôme d'armoires, les jeunes ménages se contentent d'un bahut, et les commandes sont rares. Telles étaient les réflexions que Devienne sugge'rait à maître Thévenin en son désir de préparer le séjour des grands parens auprès d'elle.

Enfin , tant fut écrit , promis, sollicité , tant agirent des personnes influente?, que le mari parti plein de résolution, pour la seconde ville du royaume, gagna bientôt une cause qu'on avait liate de perdre : on se décida à l'aire les paquets. M"™^ Thévenin , après avoir fait promettre , pour clause expresse , qu'il ne serait jamais parle de théiltre , se risqua dans une voiture publique. Après Devienne, elle était la première, dans la ligne maternelle, qui eût osé ainsi aller au bout du monde.

Cepend.nnt que faisait notre amie un peu avant et un peu après le dé|<arl? Elle avait à Lyon des affidés, et toute la boutique vendue par les parens , et achetée sous main par Devienne, arrivait à Paris en compagnie d'un premier ouvrier depuis long-temps attaché au bon homme , et dont, certes, l'œil n'aurait pas été si sec, quand son bourgeois pleurait de la séparation, s'il n'avait eu sa part de quelque lu'ureuse conlidence.

Voilà nos deux époux arrivés. La mère Thévenin se jette d'abord au cou de sa (il le, puis elle arrête un b.iiser à moitié cheuiin pour gronder; mais el!e embrasse de nouveau , elle oublie, pardonne et bénit, et aime encore, si j mais (lie u cessé duinier ! Elle s'installe; maître Thcve-r

ilin fait l'entendu : il connaît les êtres; tons deux sont heureux , honore's , respectés , chéris. Le salon de Devienne reçoit tout ce que Paris offre de brillant et de choisi '.bientôt on ledécorcd'un beau portrait (ki père Thévenin, en habit du dimanche, en jabot bien piissé, mais dans le costume simple de son état; et In mère Thevcnin aussi y est placée, en magnifique pendant, parée de sa robe à fleurs, coiffée de sa cornette lyonnaise. Là , ducs, comtes , marquis et barons, virtuoses célèbres, hommes de lettres et hommes du monde, viennent faire leur première révérence à ces respectables effigies. Devienne est fière de montrer ses dignes parens en peinture, et plus fière encore de les présenter en original; elles les place à sa tible au milieu de ce beau monde, les sert des premiers et leur offre le meilleur morceau. Chacun s'empresse , chacun applaudit. Le père Thévenin trinque glorieusement avec la noblesse et les illustres de l'art ; et il n'est pas un verre de Bordeaux qui ne soit bu à l'intention d'une fille qui , en l'honorant ainsi , s'honore elle-même.

Les honneurs sont bons , mais il faut à les user une certaine habitude, sans cela ils fatiguent. iSos dignes époux , après les premiers jours deffusion, réclamèrent de leur fille une promesse faite à l'époqi'.e où il s'agissait de 1rs décider. C'était d'avoir un chez eux , d'habiter une petite maison où il leur faudrait moins de lenue , où le père Thévenin serait maître de ne faire sa barbe que tous les jeudis, et la mère Thévenin de s'occuper de son tracas (juolidien à son aise. Devienne avait prévu cette demande : bientôt le vœu des braves gens est accompli. On part et afin de commencer la réforme , on refuse l'équipage , on va à pied : on arrive. Quelle joie ! quelle douce surprise! non pas de l'aspect de la maison, maison petite, propre, aérée, avec des meubles à se mirer dedans; mais d'un établi , où le père Thévenin reconnaît d'abord toutes hs dispositions de sa boutique de Lyon , où il retrouve sa large scie, son rabot , ses bons ciseaux, et ton ouvrier, sou brave ouvrier,

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