‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 138 sur 232 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tat ! Lisez , ami , lisez, et frémissez d'indignation!... Mais non; ne lisez pas encore.... Avançons, on nous écoule. ( lis marchent assez rapidement^ on les suit ; ils arrivent au bout du Jardin et /ont semblant de vouloir reprendre leur lecture.) Ces nouvelles sont sûres; elles nie sont adressées de Versailles par quelqu'un... ( De Labussière soutient la dernière syllabe pour rendre ce « quelqu'un » bien significatif ; puis il mesure son pas , appuyant chaque enjambée comme s'il voulait marquer ainsi la solidité des renseignemens reçus ; les curieux ralentissent aussi leur marche. ) par quelqu'un de bien instruit de toutes les manœuvres du cabinet autrichien. ( Ici , // se met au pas de course , et va tout d'une haleine à l'extrémité opposée du jardin ; les amateurs trottent derrière lui et s'essuient lejront. ) C'est encore un secret... Les royalistes et les aristocrates pourront triompher un moment, mais les patriotes seront venges! (Z«{ curiosité redouble ; on cherche à les environner ; on est sur eux. ) Allons plus loin , on pourrait nous entendre. ( Même galopade que la première , avec V embellissement de tourner en rond ; le public suit , court , galope et tourne. )

Mais , celte fois , la patience est à bout; la curiosité vivement aiguiilonne'e veut être satisfaite enfin ! 11 y a là prcsens d';iil leurs les plus féconds molionnnires du Palais- Royal , et entre autres l'un des fameux rédacteurs du journal de Prudhomme : ils haranguent. On cerne de Labussière et son compagnon , on leur intercepte tout passage; ils sont priés, poliment d'abord, de communiquer les nouvelles qu'ils viennent de recevoir, puisqu'elles intéressent la chose publique; puis on le.> presse, et enfin l'on menace; on veut absolument lecttne des documens doMl ils sont porteurs. De Labussière hésite, semble indécis. Un péroreur de groupes excite la populace. — Plus de secret! s'écrie-l-on. Vous l'exigez , messieurs, dit modestement rinlcrpcllé, il faut vous obéir, mais vous me faites

commettre une indiscrétion en publiant un écrit confidentiel. — La publicité est la sauve-garde du peuple ! ripostet-ou. — Bientôt de Labnssière est saisi par dessous les bras, on l'enlève, on le campe sur une table du café Foy : le cercle se forme. — Silence , messieurs ! silence ! Ce sont des nouvelles de cabinet. — Et notre plaisant , après s'être donné l'extérieur confus d'un orateur à son essai , déploie gravement sa missive, en fait, pour ainsi dire, savourer chaque pli ; puis, tout-a-coup, prenant une voix claire et l'accent sonore d'un marchand de baume miraculeux , il lance :

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