CHAPITRE Xn
avait trouvé au milieu de tout ce peuple un am(, un ami dont elle était «ndore'e , celui dont j'ai parlé eu des temps plus heureux, cet artiste alors au commencement de sa réputation , m.linteii.'int dans le fort de ses triomphes, charmant de sa voix délicieuse et de son jeu spirituel le plus couru de nos grands théâtres , cet ami était venu recevoir là le dernier adieu, mais birnlOt la voiture l'ayant dépassé, tout ému, près de défaillir, et pourtant soutenu encore par celle émotion même qui est la force des mourans, il put avancer de nouveau et avancer a^^sez pour recevoir un long regard et comprendre une injonction suppliante de fuir cette scène de désolation et de deuil. Je n'osai janiais depuis parler à l'artiste célèbre de celte douloureuse entrevue , de ces adieux solennels où durent se parler et se comprendre deux âmes si nobles et si dignes l'une de l'autre ; mais à présent ([u'il sait que je suis instruit, car il lira ce que j'écris , s'il n'a point été informé de ce dépôt confié au directeur de la Conciergerie, ou si rayant réclamé, il n'a pu l'obtenir du dépositaire , il sait aii-^si qu'une fois je rachetai une boucle de cheveux d'Emilie , joyeuse enfant alors et déjà femme charitable, qu'il vienne prendre sa part de ce trésor de souvenirs : cette boucle est à lui et à moi.
Après de telles pensées, comment parler de la gloire de notre rentrée? Ceux qui vinrent nous voir étaient bien des nôtres, et ils nous le prouvèrent ; nous avions eu à cœur de prouver aussi (jue les comédiens français n'avaient pas voulu ehang<'r de bannière : nous jouâmes la Métiomanie et les hausses confidences.
La Métromanie fournil mille allusions dont les spectateurs nous firent la flatteuse application. Le Métromane , c'était nous; le sévère Capitoul qui veut faire rimer le poète entre quatre murailles , c'était la persoimitication de nos persécuteurs. 11 semblait (ju'on voulût nous venger de tous nos malheurs. On applaudissait sans fin ; la pièce fut dite par distique; montre à la main , le spectacle dura une fois de plus qu'un spectacle ordinaire, c'csl-à-dire qu'il y eut
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quatre heures pour les pièces et qiintrc heures d'npphuiflissemens pour les comédiens. Celait une ivresse difficile à exprimer. Contât se Irouvn mal après sa première scène, mais rattendrissemeiit hii fut favorable : elle devint e'blouissante. Moi , à qui il ne vaut rien , je mouillai coiilinuellenient de larmes ma prose et mes vers; je ne répondis gnère, je crois, à l'accueil (ju'on me fit. mais, .'i près un tel accueil , il fallait être ingrat ou prendre la résolution de devenir bon. J'y ftlchai aux représentations suivantes.
Ainsi nous reprenions notre rang, et Préville , notre vieux Préville, notre grand artiste, vint encore une fois faire resplendir la scène des dernières lueurs de sa force comique, et constater par sa présencequelàoù nous étions, nous les (idèles, nous les persécutés, et je peux dire nous les braves , là aussi était la CoMÉDiE-Fr.ANçAiSE.
Quelque chose aurait manqué au bonheur de notre rentrée si je ne l'avais fait servir à une grande réconciliation entre le plus tragique des comédiens et la première des actrices de comédie.
Ceci mérite quelques cxiilications : j'y suis mêlé pour beaucoup, et comme la haine cordiale que Contât porta long-temps aux acteurs du Théâtre de la République est de l'histoire , les circonstances suivantes donnent la raison de la lettre fort connue, écrite après notre sortie de prison par notre Célimène à l'Hamlel d'un théâtre rival, lettre qui fut une éclatante réparation à un homme de cœur et une réparation due.
J'ai conté ailleurs comment j'avais copié la preuve de la parenté de Chrrlotte Corday avec notre grand Corneille ; j'avais brûlé chez moi deux de ces copies , mais une troisième circula jusque chezFabre, qui (il faut hii rendre justice) , bien loin d'en vouloir n)ésuser, conservait cette pièce comme un précieux document. Après la mort malheureuse de Fabre , un de ces patriotes subalternes dont le système était débattre de la petite monnaie avec la dénonciation , pendant que les chefs battaient de gros^scs pièces