‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 188 sur 232 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Marc possédait une qualité dont plusieurs de ses compatriotes faisaient plus de cas que de celle-là : il prêtai! généreusement , ft oubliait de demander la restitution. Je connais de lui un bien grand trait d'esprit , et celui-là n'est pas imprimé , c'est d'avoir épousé une femme très remarquable.

Bordeaux, que je ne saurais quitter si vite , joua un rôle avant 89 avec ses jurais et ses parleniens, et après en joua un plus grand avec sa Gironde; puis, et à partir de l'époque où j'y fis mon premier voyage , ce fut la ville de la république, de l'empire et du royaume restauré, qui tint peut-être la plus grande place dans l'histoire de nos remueménage politiques. Lrs Bordelais ont eu , à ma connaissance, un quart de siècle de vie l)rill<)nte et animée, qu'ils durent à leur personnel remarquable. J'ai cité quelques noms, voici le complément delcurs richesses.

M. Laine et M. Ravez : jiar ce qu'ils sont devenus , chacun peut juger ce qu'ils avaient été; le jeune de Saget, qui promett.'iit; im M. dePeyronnet, dont les débuts firent sensation. Je n'oublirrai pas M. Jaubert , que j«^ laissai avocat consult.mt à Bordeaux , et que plus lard je devais retrouver comte à Paris.

Ils avaient en hommes de lettres faisant figure dans la cal)itale , Despazes le satirique , à la verve brouillonne , mais pleine de sève et de vers trouvés; Josei)h Lavallée le cri- {U\i\c, en qui lu trop d'esprit ét;iit uue branche gourmande d'im talent rt'mnrqnabb'; Sourignières, rédacteur du Miroir avec Beaulieu , auteur de Mirrha , (VOctavie , de Fi~ tcilie, drames lragi(iu<s : tctc ardente (|ui lança, contrôle chant hacchanale de la Carmagnole^ l'hymne brûlante du Rvve'Uihi peuple^ et lut l'homme de ses strophes; Journiac Saiul-Méijrd , dont j'ai dit nu seul mot, ardent eollaboraleur du recueil acéré les Actes des apôtre f ^ auteur du chef-d'œnvre intitulé : Mon agonie de quarante - huit heures; devenu religieux depuis cette agonie, mais repoussant bien fort le précepte de l'Evangile qu'après un

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soufflet donné sur une joue il faut tendre l'autre. Une petite anecdote.

Il demeurait à Bordeaux, dans un faubourg très solitaire : ou nommait , je crois , l'espèce de foret de Bondy où se trouvait sa maison, les allées d'amour. De grands arbres, des habilalions rares, des murs de jardins, et, pour fond, une église sombre à angles perfides, telle était l'oasis oii chaque soir , à minuit ou une heure , il allait reposer sa vie de tourmente et d'agitation. — Mais , Journiac, lui disaient une fois ses amis, vous vous ferez assassiner dans quelque coin. — Oh , que non! je porte avec moi les Droits de l'homme, répondit-il; et il montrait une ceinture garnie de pistolets.

En artistes , les Bordelais pouvaient se vanter de Rhode, le violon célèbre; de Garât, le chanteur phénomène; de Beck , le compositeur à grand style , à qui la révolution enleva tout , et qui ne sauva du naufrage que sa paresse; de Paulin Goy , mon ami (idèle , qu'on [louvait classer dans les comiques entre Dugazon et Dazincourt, et peut-être un peu plus près de Préville qu'eux-mêmes; de l'excellent Desforges, manteau le plus remarquable que j'aie vu , dont le talent avait besoin tout au plus de quelques mois de la bonne école pour être en première ligne, et eniiii de l'homme aux quatre réputations. Ici je m'arrête; je suis au moment d'arrachii' le voile dont s'est envelo|)pé mon mystérieux Cicérone, Procédons par ordre.

Nos représentations étaient finies, et nous n'avions pas mal fait nos petites affaires. Avant de se résoudre à retourner à Paris, Contât voulut se donner uii peu de vacances, elle alla respirer les brises de la mer dans un vieux manoir aux environs de la Teste. Elle y fut reçue chez la sotte ]\lme tie p.... S. ...le, si bêtement méridionale; je fis la sourde oreille à la même invitation. Contât avait ses amis, j'avais les miens; nous étions frères et sœur, mais pour nous aimer et non pour nous gêner, et janiais nous ne nous imposions nos goûts.

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