‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 19 sur 232 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tion des archives indiscrètes. 11 savait des secrets à fairft battre les neuf dixièmes de la capitale, mais il gardait pour lui et ses amis tout ce qu'il connut de scabreux , tandis qu'il aima toujours à répandre les actions inconnues qui pouvaient honorer les familles.

Le fait le plus extraordinaire dans ce genre d'investigation , — et celui qui dut me frapper le plus, car, par ses suites , et sans la générosité d'un ami , je portais ma tête sur réchafaud , — est la découverte de la descendance de Charlotte Corday.

Quand cette lillc énergique frappa Marat, ce maximum du patriotisme de la Montagne, on crut en France à un changement ; on crut que le poignard de Corday irait l'aire transir le cœur de tous les proconsuls , et, dans le premier «lan, les opprimés proclamèrent la gloire de celle qu'ils appelèrent la nouvelle Judith.

L'action virile de cette femme taillée à l'antique étonna tous les partis; on vendit son portrait , on s'enquit de sa vie ; mais nul ne fut aussi loin dans ses recherches que le chevalier Richard, qui bientôt nous montra en secret les preuves irrécusables que Charlotte Corday appartenait à l'auteur du Théûlre-Français qui avait su peindre le mieux les vertus fortes et les sublimes élans des natures héroïques; j'ac(iuis la certitude que la jeune fille qui tua Marat descendait du poète dont la plume relrouva si bien l'âme des grands conspirateurs.

Charlotte Corday est la petite nièce du grand Corneille.

Ainsi , par une véritable transmission qui se com[)rend sans s'expliquer, la chaleureuse énergie du vers de Corneille passa dans le sang de Charlotte , et ce fut sans doute sur le caractère de l'Emilie romaine dessiné par le grand oncle que s'alluma cette ardente imagination.

Sous la dictée du chevalier Richard je copiai une généalogie si remarquable : je la donnerai en son lieu : elle ap-

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