‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 20 sur 232 · tome II · texte numérisé non relu

tome II

parliciit désormais .-lux annnies du iheAtrc . et ne doit plus être omise dans notre histoire.

On voit jusqu'où pénétrait l'esprit du chevalier, pour peu qu'une gravure vînt remonter en lui son amour des investigations cnrieuses; c'était devenu une sorte d'appétii insatiable : il hii lallait trouver des faits nouveaux sur chacun de ses portraits, mais il ne se contentait pas d'un seul , mais ce fait , ou ces faits, étaient toujours irrécusables : exact et difficile , il demandait en tout le pourquoi du pourquoi; c'est de lui celte trouvaille des Variétés ht. storiques , contenant le contrat de mariage du sieur des Armoises avec demoiselle Jeanne d'Arc, ainsi que lextrait baptistaire de ses trois garçons, lesquels docnmens donnent un singulier coup de canif dans les pages des historiens, el prouvent que la cha<te guerrière alla perdre à Lille le beau surnom qu'elle avait acquis à Orléans. C'est de lui aussi celte pensée , forcée en a[>parence , qu'il existe dans les familles une généalogie des caractères et des tempéramens comme des généalogies de i)ersonnes ; qu'il y a un caractère aïeul , grand-père , père et fils ; et que , dans l'histoire, on peut trouver de même une généalogie des ëvéncmens, divisée aussi en deux branches, la branclic directe : celle des grands faits qni s'enchaînent naturellement, et la blanche collatérale : celle des circonstances.

C'était une amusante théorie, aussi aimions-nous beaucoup les séances du chevalier Uichard , d'autant qu'il avait le plus souvent pour auxiliaire dans sa croyance M. le marquis de Condorcet , lequel adoptant ces idées |)lus au sérieux, leur donnait le beau nom de causes sf.co.ndks ; le chevalier Richard n'avait pris qne la prose du système dont le marquis de Condorcet avait choisi la poésie ; avec ses causes secondes , il nous démontrait (jne l'art de lisser la toile de Flandre tenait au gain delà bataille deSalaminc. Emilie et sa nière se divertissaient fort de cela , et les jours où ces deux convives paraissaient étaient d'agréables intermèdes aux inquiétudes du moment.

Page 1