CHAPITRE XV
renflent des deux côle's chez un notaire, leur ami. Là cominenc»' une mysUM'ieuse série de malheurs, sur lesquels ou a fait plus d une version : celle ci , m'a-t-on dit, est la Lonne.
En descendant de voiture pour entrer chez le notaire, le père de M. de Neu^fclèàteause pencha vers Ini : — Je venx te parler, lui dit-il, elsa voix tieniblante et profondément émne était presque senil)l;ible à celle d'un homme (jui se débat sous une vive donleur physique. Le jeune homme, frappé d effroi, suit d'un œil iiKiuiet le vieillard qui reste en arrière. Entré dans l'étinle , et tous les invités n'étant pas arrivés, il saisit ce prétexte et court rejoindre son père; celui-ci fait seulement un signe : tous deux se dirigent dans le jardin.
Arrivé la , François attendait une explication avec l'anxiété la |)lus vive, et le père uc parlait pas. Il semblait interroger son lils du n gard : il y avnit dans tout lui-même comme une grande prière |)rès d'('Clater. François ;itlendait toujours, mais il souffrait: il n'aurait su dire pourquoi; mais il comprenait que ce moment était une des grandes et douloureuses épreuves de sa vie. Eniin ce lut lui qui rompit le silence.
— Que me voulez-vous, mon père? — François, je voulais me tuer aujourd'hui.
Dis.iut cela , il souleva son habit, et M. de Neufchfiteau vit, non sans terreur, un pistolet cliarg('. Il s'en saisit vivement, clierchaiil, celte lois, à Ironverde la folie sur le visage de son pèn-; car la folie eût élé une consolation auprès de ce iju'il prévoyait. Mais le vieillard n'él.iil |)as fou; son visage, sa voix, son geste, décelaient l'angoisse la plus poignante et la mieux comprise.
— Vous me fiutes peur, mon père! — Pardon, mon fils! mon ami ! pardon ! disint loul éplon» le supppliaiil , et toujours sans s'expliquer dav..ntage. — Mais vous avez quelque chose à me révéler? Parlez au moins, parlez ! On nouS attend ; on va nous appeler.
A ce moment le vieillard tomba , le corps en avant , la face contre terre, presfiue prosterné aux pieds de son fils qu'il serrait de ses m;iins convulsives; et mnigre l'iinmiliation du père, l'eiifaDt rc^stait debout. Une pensée, un soupçon, qui déjà s'était fait jour à travers son esprit, grandissait en ce moment en lui-même: l'évidence venait, claire, terrible, déchirante ; el le vieillard ainsi courbé, et le jeune honmie dressé sur sa haute taille, se comprirent bientôtà ces mouvemens à peine sensibles qui , dans les mystères des passions, se font dans l'anie et pourtîuit avertissent le corps. Ancnn motn'avaitété échangé, leurs yeux n'avaient pu se rencontrer, et un affreux secret venait d'être dévoilé. Cependant le vieillard souillait de terre ses vêtemens et ses cheveux, des sanglots retenus brisaient sa poitrine, il allait mourir. François résistait ; ce qu'on allait lui demander était un sacrifice qui lui déchirait l'ame. Il rassemblait ses forces, non pour consentir, mais j)Our refuser. Enfin tant de douleur et tant de honte le touchèrent: il se baissa, releva le malheureux qui l'implorait, lui ouvrit les bras , et l'ayant là, le visage caché dans son sein, comme s'il était, lui, le père plein d'imlulgcnce, et que le vieillard eût été l'enfant malheureux, il lui dit, mais toujours à l'oreille :
— Vous Taiinez donc bien ! — Je meurs si tu l'épouses. — Mais vous, mon père, la demanderez-vous? — Ni à l'un ni à l'autre ; elle t'aime! — Adieu alors.
Cette scène déchirante, où tant de passions se déployèrent , où tant de donletu'S se firent sentir, s'était pa'^sée à quatre pas de l'étude , en un étroit esp.ice qui cachait à peine les acteurs. Quelques minutes et tout fut fait , tout fut convenu.
Bientôt le [)i're retourna vers les convives; il demanda son li!s. On le cherch;i , on l'attendit; ce fut en vain : il avait disparu.
Quelques-uns disent qu'un mariage secret l'unit à celle dont il éliiit aimé; ce qu'il y a de certain , c'est qu'il passa