CHAPITRE XVI. â
guèrR : je la vois maintennnt riche , ndule'e , titrée , faisant noble souche , et presque dynastie ; el ])ourtant je sais le nom de son père , celui de son premier mari , celui de son second ; j'en sais des anecdotes inouïes : j'en vais dire plusieurs. Madame Angot m'appartient; pourquoi a-l-elle mis le pied sur un Iht^âtre? Voici des historiettes sur elle, prises ici, entendues là, ob.^ervées ailleurs, puisées je ne sais où; mais tout est vrai , tout est historique : parties intéresse'es et témoins vivent encore.
C'est la meilleure petite femme de cinq pieds quatre ponces que j'aie connue , disait un de mes amis : elle est d'une santé si frêle qu'elle ne pèse que deux cent trentetrois ; sa poitrine est tellement délicate qu'elle a l'organe presque aussi faible que Laïs. Femme charmnnte ! Elle est instruite; elle a voyagé. Eu soixante-dix-huit , je l'ai vue vivandière à Dunkerque ; en quatre- vingt , dame de compagnie sur un corsaire ; en quatre-vingt-neuf, à Strasbourg, dame d'honneur au Lion-d'Or ; en quatre-vingt-douze , à Pans, d.ime de la H.ille ; et maintenant, dame de paroisse, dame que l'on encense an banc-d'œuvre , qui fait des rosières , et qui prend du lait d'ûnesse pour consolider son tempérament à peine formé. Qu'on en juge! Elle n'a que trente-deux ans el son lils aine trente-six !
La Miidacne Angot de mon ami n'est pas la mienne, et la mienne n'est point celle du voisin. Il ne faut pas confondre ; elles sont plusieurs, elles n'ont qu'un nc.m. Elles sont jeunes ou elles sont vieilles , jolies ou bides, la dilîércuce est là : mais ceci bien compris, faire l'histoire de lout( s , c'est faire 1" histoire de res[ièce.
La mienne est brune ou blonde, on ne sait trop. La niodc des peiru(jucs jeite de l'ambigu sur tous leslcints; eliaciue jolie femme possède ses deux ou trois chevelures facliees: on est blonde le matin , brune aux lumières. On a adopte pour les thrs nue peii uque (jue l'on ne saurait un tire dans les assemblées. Au bal , règle générale , celles qui dansent
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mal sont blondos, cela se voit moins : le bîond n'est qn'tine nu.ince. Celles qui ont la prétention (!e sauter vigonreusenient la tre'nis sont brunes , cheveux écourtés, sorte de calotte de j;ii*^ , qui monte , descend et circule dans l'espnce niarcjuant la mesure , figura dI la ujélodie ascendante ou deseendante; on dirait d'une note échappée an cahier du musicien. Ma Madame Angot cependant doit être brune ; on le voit à ses sourcils arqués , au noir de srsyeux : taille élancée, droite, souvent c;!nd)réc par souvenir de Téventairc où elle vendait ses violettes ; pied furtif , main charmante , (igurc à passion ; elle a tout quand elle est assise, meaie la grâce: (juand elle est debout , elle a tout aussi , excepté l'unique i),irnre de tant de ch.irmes, la modestie.
La première fois (\ue je l'ai-ei eus , ce fut à Longchauip , au Longchamp régénéré. La chanson oubliée , qui lui a donné pour é(]ui|)age une voilure lourde et inélégante et les chevaux de M. Desmazures , en a b:en m nli ! Rien de joli comme le char de cette beanl(i donnée au monde par Baréni'". Que l'on se figure une conque de roses supportée par un léger essieu (}ue l'art faeonn.i en flèche ; sur ce trône de bon goût, ressemblant à une description il Parny, règne une fennne à demi nue. Que de coquetterie dans celte jauibe qui foule desQeurs, fraîche vendiing<'de la nymphe! Que d'auiour d;;ns ce bras (\u'\ s'arrondit et coupe l'air! Em|)or!é , le char ne roule pas , si glisse. Quelle est celte femuje ? Tout le monde court; je fais comme tout le monde. La lile Tarréte ; je puis admirer la robe d'aziu- éloiléc d'or et d'argent, le diadème de perles; mais elle parle, écoutons: — Ch ! Guillot ! (Guiîlot est le jockei.) Eh! Guillot! pourquoi t'cst-ce {{own. qu'ans iw marchez i»as? — Madame, j'en suis dése>péré , mais c'est physiquement impossible. — Laisse -moi donc avec ta physique! Si du mi:>\m j' étions auprès de ces corncux , je nous ennuie^ rions pas.
Lcs,corneu.v^ c'étaient Franconi cl sa troni^e. L'à-propos me rappelle ce petit dialogue entre Lavalléc et un jeunQ