CHAPITRE XVI
reconnaissance! Leur bienfaitrice est avec elles, srulement la bonne femme ne paraît jamais aux dîners prie's. Qui en entend uui\ les entend toutes : tant d'imaginations n'ont trouve (jd'un seul roman.
Mais toutes u'avaient pas ces hautes piétentions. J'ai été dans l'intimité de la plus charmante des femmes à laquelle on donna le nom d'Angot; je suis son ami encore. Elle est devenue bien éle'gante, bien citée , et, ce qui vaut mieux, elle s'est conservée la meilleure femme du monde. Il fallut dans le temps un ordre des Tuileries pour lui faire effacer de son écusson une belle pomme d'or sur un champ d'azur, avec celte mignarde légende en petite gothique :
5Hiom l'eut reçue be voiio. |)ar{0 vou$ l'ouvait ïionnce.
Il est vrai qu'elle n'avait plus ses quinze ans à l'époque de l'ordre suprême, et que, pour offrir ou recevoir un senibl.'ible cadeau , il faut n'être pns sujette v.nx graves reproches de l'extrait de naissance. Mais cela prouve du moins que jamais elle ne voulut cacher qu elle fut marchande de fruits.
Combien jadis elle me semblait gentille ainsi faite, ainsi placée sous son grand |)arasol ! Que Ton mette un étroit corsage à Iharmonieuse Vénus de Canova , un bonnet rond sur sa Icte, bonnet un peu en arrière; qu'on Ihabilled'un jupon un peu collant, et, s'il descend juscprà la cheville, qu'on le coupe de trois pouces, car elle est trop décente ainsi nue , !a Vénus du grand aitiste et le jjipon court lui donnera ce je ne sais quoi d'alerte et de fripon qui brillait en ma piquante Angot. Une fois elle vendit du chasselas à notre ami Legouvé. En arrivant chez lui renthousiasle vantait son achat ; c'était chasselas merveilleux , des grappes parfumées, des grappes comme celles ([ue les envoyés de Moïse trouvèrent dans la terre de promission! Hélas! quand on défit le blanc papier qui servait d'enveloppe à ce fruit céleste , il se trouva que ce n'était que du
chasselas médiocre, aigre, au grain flétri. Legouvé fut obligé d'avouer qu'il avait l'ait cniplelte de son raisin eu regardant Marie avec trop d'attention.
Car son vrai nom alors était Marie; depuis elle a été appelée Danaé, et depuis encore M^^e ju comtesse. L'aimable enfant que Marie! l'avenajUccréatuieciue Danaé! Que vous êtes belle, comtesse! Ah ! je vous ai suivie avec joie, puis avec crainte, puis avec bonheur. Tu étais bien rieuse et Lien dansante dans ta mansarde , jeune lille ! Vous tourniez bien des têtes à Frascali, nyuiphe charnvante! La faveur d'un regard vous donne bien des esclaves, reine des salons! Autrefois, aujourd hui , à qui donnez-vous ou donnes-tu la préférence? Qu'aimes-tu mieux , de tes trois amoureux , ou de vos flots d'adorateurs? Tu faisais donner au diable ce {)auvrc Baptiste qui est allé mourrir à Wagram; vous coquetez savamment au milieu d'mi cercle d'admirateurs. Etes-vous plus heureuse , comtesse? Ne regrettes-tu rien , Marie?
Si, clic regrette bien des choses; la fortune donne un peu à l'éclat pour ôter beaucoup au bonheur. Elle est heureuse cependant la Marie de jadis, la comtesse d'aujourd'hui; maiselîe ne lésera jamais autant que ce jour où elle sauva un pauvre jeune homme : c'était un jeune fils d'émigré. La maladie du pays l'avait pris au cœur. Il avait voulu rentrer en France; mais bientôt il dut fuir, se cacber. Le grenier d'une |)auvre ir.aisou lui parut ut» asile. Or, ce grenier donnait précisément en face de la chambrelte de Marie. Le pauvre garçon n'avait rien à faire là; mais de l'autre côté de la rue il trouvait d'aimables distractions à donner à son regard. Marie, avertie par cet instinct de femme qui devine les malheureux, se tenait à la croisée ])lus souvent que de coutume; elle jetait ainsi, la compatissante enfant! nue heure ou deux de bonheur dans l'ame du pauvre prisonnier : elle lui donnait un heureux re'veil le matin , et le soir des rêves riaus. Mais il arriva que des voisins moins charitables qu'elle , ardens pour lu bonne