‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 208 sur 232 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

cause, donneront réveil. Un fnctofum de club, un de ceux que l'on clissait parmi les déiiicln urs, monta ch'Z la pauvre petite; il avait un grand repas à donner, disait il, il lui falla t des fruits niagnifiqnes ; Marie en ce moment recousait les lambi-aux de son large parasol : elle vit bi' n le but de la visite.

— Vous êtes en bon air, dit le visiteur, en plon£,'eant son œil de vautour dans la cbambre indique'e. — Mais, oui , répondit Marie, sans cver ses grands yeux fixés sur son travail. J'avons bcsoiîj i]c ça pour nol' état. — Bon état, ma foi! ça vous met en relation avec beaucoup de monde? — Pas mal, riposta la petite, essayant d'enfiler une aiguillée de (il. Puis toute en guignant d'un seul l'œil , gesie ordiuiireanx conlurièies, elle levait l'aiguille dans la ligne du visage de l'homme , et, sans en avoir l'air, l'examinait et l'éludiait. — Voilà une bien pauvre lente pour conserver un teint comme le vôtre. — Ah ça ! ah ça ! ne vous gaussez pas! mon teint?... Chacun a le sien, voyez-vous! c'est pas mon teint (jue vous êtes venu marchander? — ■ Mais.... ma fois !.,..

La petilelitsend)lant de rire dès sottises del'individu, puis elle le mit dehors j)ar les épaules, en promettant de remettre en p.issant la marchandise achetée. Un regard furtif jeté dans l'escalier lui suflit pour remiirquer (ju'elle élail surveillée; elle eut l'air de ne pas voir un acolyte de l'espion, un bon voisin, placé la pour écouter sans doute si Marie parlerait à son vis-à-vis. Ma pauvre enfant comprit tout; elle vit le péril (jue courait le joli garçon i!ont elle ne sivait ni le nom ni la fortune, mais auquel elle s'iilait intéressf'c , parce (lu'elle était bonne et qu'elle avait de ramour-propre: c'est à-dire parce qu'il était malheureux et qu'il l'avait regardée. Comment l'instruire? sans doute la police allait laiie une descente chez lui. Conunent lui parler? un argus est là à deux pas! Elle jette doucement v\\\ mouchoir sur la clef de sa porte, pour qu'un œil indiscret ne pénètre pas, puis, sur lu [mnW du pied , clic va à sa lucarne; et voyez

comme la destinée se mêle du sort des jeunes amotirs! ù la sienne se trouve le jeune homme; Marie lui fait signe : il ne comprend pas : il va parler à haute voix... Impruderil! mais on l'entendra de la rue ! mais c'est le de'signer ! mais c'est le perdre! Marie met un doij:t sur ses lèvres , ce n'est que pour dire wo^wy .'' Le jeune voisin croit qu'il s'agit d'un baiser et le rend. Marie se fâche, le rouge lui monte au visage, et pourtant elle rit; mais doucement, bien doucement : cependant rien n'avance. Le voisin se déconcerte , lorsqu'une idée subite inspire la jeune fille, une de ces idées dont elle fut si riche plus l;ird, mais (ju'ellc n'eut point à appliquer à d'aussi graves circonstances. Ce Baptisle dont j'ai parlé était parti pour l'armée; il était parti dans un coup de dépit contre elle, car Marie ne pouvait être aimée médiocrement. Baptiste avait laissé son porlefcuille, sorte de livret où se trouvaientquelquescerti(icals et la carte de sûielé indispensable : la jiune iiile, inspirée, pense que le moment est venu de se servir de cts papiers inutiles, elle les prend, se doiuieun élan, et le portefeuille arrive d'un jet dans la chambre du jeune [)roscrit. Pour le coup , celui-ci est humilié! Il croit (jue l'on veut punir sa présomption ; il disparaît. Pauvre fciiime , jamais on ne fut plus in;iih''ureuse! Il est donc perdu ! Pourtant elle croit voir remuer le rideau de serge rouge; on est donc derrière ! On la ri'g.irde donc! mais si on la r('garde on ne visite pas les japiers!.... Mon Dieu! mon bon ange, aide-moi! Dieu et le bon ange entendirent. Marie frappe de joie dans ses deux petites mains, jette au ciel \\)\ regard d'action de grâce, prend de la criiie, et sur le dôme noir <!e l'énorfue parasol , écrit en quatre lignes , avec la plus mauvaise orthographe et le i)lus mauvais français possible : Vous m'aimez; vous êtes jaloux; vous rie guetïez; vous vous NOMMEZ Baptiste. Puis i! faut fermer l'énorme parapluie pour le faire [)asser par i"étroite ouverture, et, quand il aura passé, l'ouvrir de notiveau. Si l'on voyait ce singulier télégraphe, elle ausvi irait au tribunal révolu-

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