‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 214 sur 232 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

grois , ni gens dn commun : ils forment nne nouvelle espèce (iont le type n'est nulle pnrt, dont s'empare la mode; c'est l'Hippolytc de Racine, qui n'a pas Irouvé d'Aricie en garnison; ils en cherchent i)artout : ils ont l'œil sur le César de Saint-Cloud ; ils l'imitent; ils voudraient, ils allendenl aussi une Beauliartiais. Tous ces maladroils-là ont gagné des batailles : cette main, qui renverse des carrés ennemis, ne sait pas s'avancer à propos vers une dame. 11 est vrai de dire que , chez la plupart , ce défaut de souplesse vient de l'idée que peut-être , nn jour , eux aussi obtiendront le pouvoir suprême ; et s'ils hésitent , s'ils ne se décident pas pour une dame, c'est dans la craiute de mal choisir la future impératrice.

Napoléon conuaissait toutes ces prétentions , il savait qu'il en était entouré. Il fallait de la pâture à ces orgueils acquis au prix du sang , il fallait faire évaporer tous ces châteaux en Espagne. On sait s'il y fut habile. La tragédie d'Hector fut une des adroites flatteries du grand général adress(5es à ses sous-licutenans passés barons ou comtes de l'empire.

On aperçoit maintenant comment , dans la société nouvelle, la société civile et la société militaire se touchaient ; ponripioi Madame Angot fut chansonnce, et pourquoi Napoléon piôtia une tragédie (lui fut la prédication du sabre.

11 me reste à parler de la façon un peu libre dont j'ai traité une des branches suprêmes de notre littérature. Je ne suis pas un grand clerc , mais l'ennui ni'a averti ; j'honore l'antique , je voudrais (jne l'on se défit du caduc. Je laisse aux journalistes à disserter et à se faire un amusement d'éclieniller l'arbre quand il faudrait en couper le tronc ; ces messieurs ne vont jamais au jjIus tôt fait. Je fais nue seule observation aux hommes de bon goût qui, faute de m'avoir bien compris, m'en voudraient trop. Il y a une grande difleience entre la littérature des Bernardin , des Staël , des Chateaubriand , des Lemercier, et cette littérature qui se mourait de timidité.

La littérature de l'empire est belle et bonne; c'est la littérature iinpériîtle qui ne vaut rien.

Aussi , dès qu'elle parut, finit comme par enchantement la part.'ictive que prenait jadis la Comédie-Française à la vie de la société, et c'est sans scrupule et sans plus de transition que je passe , de nos dix années en blanc, à l'un des faits sigUiOcalifs où nous jouâmes noire rôle.

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