DRESDE
Départ précipité. — Les chambellans de Vais^le. — Talma porté pour l'Institut. — Grande colère. — Anecdotes de M. Desgenettes. — Anecdotes du vieux grognard. — Le pot au feu. — Le petit Poucet de l'empereur. — JNapoIéon n'aime pas la comédie. — Il se convertit. — Fêtes de Dresde. — Prompt retour.
Ce fut grand bruit à la Comédie-Française le jour où la lettre de M. le comte de Remusat nous intima l'ordre de prendre la poste et de partir pour Dresde. Qui partait? Qui ne partait pas ? Les exclus se désolaient , les élus élaient enivres de joie. Jouer devant un parterre de souverains, quelle gloire! cela ne se reverrait plus. Helas! ceux qui i)arlaieiit ainsi se tronipaii'ut, cela se vit encore une fois, et le malheur voulut que ces souverains vinssent cuxiiiemes prendre leurs places à noire Coiuéiiie-Franeaise de
Paris ! Mais alors tout riait, tout annonçait le plus bel
avenir , et nous fûmes heureux d'être pour quelque chose dans les promenades que faisait faire le roi du monde ;
toutefois rempereiir ne mandait là -bas que les acteurs de la comédie. Cela causa de fortes rumeurs dans notre intérieur. Comment exclure la tragédie, elle qui est apparentée à tous les trônes? C'était rabomination delà désolation. Enfin tant fut fait, tant fut sollicité, que la tragédie obtint aussi ses passeports. Elle emballa sa coupe et sou poignard , et elle nous arriva. J'embrassai Talma , je saluai Georges ; peut-être y eut-il entre les deux genres un peu de bouderie ; mais la comédie est bonne fille : elle fit tant d'avances queia rancune ne tint pas.
L'ordre de notre départ a été si prompt, que je n'eus le temps d'écrire à personne, et à peine celui de faire mes paquets. En vérité , nous avons été menés en vrais régimens qui vont faire um' campagne: nous fûmes à l'heure. Tout se trouva réglé d'ailleurs; on aurait dit que l'intendance militaire avait passé par là. Nous reeiimes chacun trois mille francs pour nos frais de route ; ceux qui n'avaient ]);is de voiture à eux en trouvèrent une à leur porte. Le fournisseur impérial avait pourvu à tout. Nos gens et nos bagages allaient en diligence. Ceux qui avaient des amis à Ch.iillot n'eurent pas même le temps d'aller les embrasser. Le mol d'ordre est : « Fouette, cocher ! «
J'ai pris avec moi Armand : c'est un comédien de bonne maison, et un honnête homme ; il se déride peu, mais s'il vient à rire, il rit bien ; le tout est de commencer; il cause avec grâce, avec malice ; il contera ; je suis chef d'emploi , ma passion d'écouteur sera satisfaite. Nous roulons, et roulent auprès de nous, tantôt devant, tantôt à notre suite, les voitures de
Mesdames:
Mars ,
Emilie Contât, Thénard , Mézerai , Bourgoin;