‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 220 sur 232 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ëlait enthousiaste et vrni. Je ne dirai pas par quelle foule de faits ils me convainqnirrnt, comment ils av;iient tenu compte de mille momensoublie's; un geste, un coup d'œii, un son de voix , tout av.iit été mesuré. Ce serait une vie entière à écrire avec la piume de Stcnic. Malheureusement pour moi , à mesure que j'ai vécu , j'ai vu les mille anecdotes de M. Desgenettes passer ici , passer là , enrichir les journaux, grossir les recueils, aussi me hâtai-jc de dire les deux ou trois auxquelles ptM'sonne n'a encore touché. On connaît les petits carrés de papier du docteur, ainsi chez lui tout est exact.

Lorsque Napoléon arriva au trône, ce fut une ardeur générale à vouloir prouver qu'il en était digne, non pas par ce qu'il estimait le plus, mais par droit de naissance. Les généalogistes entre autres se mirent à la besogne. L'un d'eux le fit descendre des Médicis , famille qui donna deux reines à la France, ce qui le [)laçait tout naturellement sur le trône des Bourbons; mais comme il se trouvait n'aveir pas grands égards pour la branche aîné, ce document ne fit pas fortune. Un autre généalogiste fut i)lus adroit.

C'était un Allemand; on le nommait Rilterstein. Habile dans la science d'Hozier, il s'avisa de trouver que la r.ice de Bonap.irte éîait connue bien avant la première croisade. Il prenait la chose comme Petit-Jean prend son plaidoyer. D'après ses démonstralions , et des pièces qu'il prétendait authentiques, le premier nom de Blondel, ce troubadour célèbre, cet ami dévoué de Richard Cœur-de-Lioii, si bien connu de notre célèbre Clairval ; le premier nom de Blondel , dis-je, était Bonaparte. Or Blondel avait épousé une Planîagenet, et i:e fut a l'occasion de cette alliance qu'il abandoima sou nom de consonnance étrangère pour adopter celui de Blondel. On sait que par des alliances successives lii maison des Piantagenels s'est fondue et éteinte dans celle des Stuarts.

— Voilà ce qu'il me fallait, dit l'empereur le jour où il fcçut cette pièce curieuse. Je puis, à présent, faire Ja

guerre à l'Aiiglelerre sans scrupule. Je suis Stnart ! Stuarl par la ligne masculine! Georges III n'a qu'à se bien tenir, lui qui n'est que de ligne féminine.

Et comme pnrmi ceux qui l'entouraient se trouvaient quelques flatteurs, qui prirent cela pour une modestie farde'e , ils ne manquèrent pas de trouver du plausible dans le document de Ritlerstrin.

— Connaissez- vous Walpole? dit Napoléon au plus acharné. — Walpole?... Mais oui... Un ministre anglais... — Non , monsieur; un auteur, le Hls de ce ministre. Il assure qu'avec dmx ou trois cents ans de généalogie, il n'est personne qui ne puisse descendre de qui il vent. — Cependant, Sire, rhabihié de Ritlerstein. — Oui, l'habileté, l'adresse... Voyez-vous, monsieur', reprit rempercur avec ce verbe haut et clapotant qui, lorsqu'il le voulait, entrait dans l'ame comme une pointe d'acier, voyez vous! si la peste était sur le trône, le généalogiste de cour la ferait descendre de la santé !

On voit que si la flatterie eut accès auprès de lui plus tard , elle dut se montrer adroite : et jiourtant elle venait l'assaillir de tous côtés. Sa famille même, Lucien exceplé, n'était pas la dernière à brûler pour lui cet eneens qui iinit par étourdir les lèles les mieux organisées.

Voici une aventure de chasse qui donna à Napoléon une grande i<lée de son adresse.

Le roi de Weslphalie et Murnt étaient de celte partie, et en étaient aussi plusieurs généraux et bon nombre de grands cordons. Rien de plus facile que cette chasse : on traquait le gibier tout aux environs, on le faisait arriver dans un coin et les tireiu-s n'avaient plus qu'à bâcher la détente à plomb perdu. Des gens se tenaient là , tout pnHs, faisant passer d'autres fusils, et l'armurier célèbre , M. Lepage, chargeait ceux de l'empereur; un coup n'attendait pas l'autre, c'était plutôt un abattis qu'une chasse : pour ne jias tuer il fallait y mettre de la mauvaise volonté ; or , afin de constater la gloire de chacun, un homme dont c'e^

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