TOME II
que deux prières : l'une pour mn mère, et l'outre pour mon empereur. Et, voyez-vous! l'empereur seul m'est resie'... ma mère...
11 ne parl.iit plus; nous nll;1mes un instant côte a cote. J'admirai ce soldat qui n'avait de famille que Napole'on; peu à peu je le tirai de sa mélancolie et alors je sus ce qu'il était.
Il avait fait la campagne d'Egypte; parti avec un détachement, ils s'étaient trouvés égarés dans les sables; on manquait de vivres, il fallut tuer un chameau. 11 fut chargé de la cuisine et il trouva moyeu de servir des légumes, en coupant, d'après son expression, la musette au chameau, c'est à dire en lui ouvrant Teslomac, d'où il tira des fèves encore excellentes que l'animal n'avait pas eu le temps de digérer. Quand on les retrouva ce fut une fètc au régiment; et Louis Diaid obtint les honneurs du Irioniphe l)our son pot au feu accompagné de légumes.
Arriva une grande rovue. Le général aperçut la moustache d(^ Diard qui sortait d'un bon j^ouce hors des rangs.
-^Tu es l'homme au pot au feu? dit Bonaparte. — Oui, mon général. — Sais-tu lire? — Je lisais dans le Paroissien de ma mère. — Sais-tu écrire? — Non. — Je te donne quarante jours; dans quarante jours lu me montreras de ton écritiUT.
Puis il passa.
Voilà Diard (jui pour obéir à son général se met à faire des barres ; puis il passe aux 0 , puis aux C ; puis il forme des mots; il rst excité par fou lieutenant (|ui laime et qui veut que l'honnète homme fasse son chemin. Diard boude sous ta férule et se moquo un peu de ce lieutenant dont une épaule était de beaucoup plus élevée que l'autre; mais pourtant il fait assez de progrès pour attendre la fin des quarante jours avec impatience.
Enfin une nouvelle revue a lieu , le général entre dans les rangs, gronde, encourage, dit à plusieius leurs noms, demande à un autre si sa blessure est guérie , et arrive au