CHAPITRE XVII
lumière. L'empereur entend ronfler son niameluck , il passe une jambo nu-dessus (lu pelit lit et va traverser. MaisIUislaa se re'veillo en sursauf; il n'a pas le temps d'aller chercher ses armes; il saute au cou de l'agresseur! il l'étrangle î il crie : — Ah infâme! traître! — Napoléon est étouife', il va périt ; onliu , il reprend ses forces , se laisse aller de tout son p'ids eu arrière , et entraîne vers la porte entrebriilléc Rustan (jui , à la lumière de la latnpe, reconnaît rein]îereur. 11 est facile de juger de sa stupeur, son étomiement ; les larmes lui en venaient au visage.
— Rassure-toi; parbleu! c'est ta consigna... mais lu étrangle trop... allons on te pardonne, ne fais p-as l'enfant... la meilleure preuve ([uc lu ne m'as pas fait de ma! , c'est que je veux manger.
Ici Rustan eut un autre genre de peur.
— Comment! à ceUc heure, voire majesté? — Est-ce qu'il y a une heure pour l'appétit? j'ni faim... mon poulet.
— Sire, c'est que... le poulet... — Eh bien? on uc me l'a point apporté? — Pardonnez-moi, sire; mais ce malheureux i)oulet. — Quoi? est-ce que tu l'as étranglé au'Jsi?
— Ah ! votre majesté... voyant l'heure passée... voyant le poulet... — ïu l'as mangé? — Hélas! oui, sire. — Hélas! c'est à moi de dire : Hélas! Tu l'as tout mangé? — Oh! sire... il s'en faut de si peu... Mais sire... — Suc... sire...
va le faire f avec ton sire! Je veux voir les di^bris du
potilet.
Rustan alla préparer les reliefs. Avec le couteau il essaya de refaire une mine à ce qui restait et parvint à force d'os et d'industrie à donner à tout cela une assez bonne tournure. Pendant ce temps l'empereur s'était habillé, et lorsque Ruslan arriva , il le trouva sur pied, alîablé vis-àvis de rien encf)re; mais attendant avec impatience. Tout tremblant, le mamcluck ])ose sru chef d'œuvre sur la table. Napoléon compte les pièces, paraît surpris de rinlelligence avec huiuelle ces ruines sont mises eu ordre.
— Eh! mais, s'écrie-t-il, il y a do l'ensemble! malhpu-^
rcusemeut il n'y a que cela. Gourmand !.,. Nous causerons demain.
Rustan se retire pensant au lendemain , pensant à sa disgrâce; le lendemain arrive; tout prend son cours dans le palais. Enfin Rustan est appelé. Il trouve Joséphine avec Napoléon , la conversation commencée entre les deux cpoux roulait sur la question de savoir comment ils vivraient s'ils n'avaient que six mille livres de rentes. C'était un des frcquens entretiens de l'empereur. Joséphine arrangeait une métairie, Napoléon en fiiisait uneaulre: Joséphine mettait tout en linge, tout en argenterie, tout en repas donnés aux voisins , en cadeaux olFcrts au curé. Napoléon faisait des plantations sans nomhre, jetait en avant des arhres d'un vert tendre, et au fond, des arhres d'un vert plus foncé pour avoir d'agréables repoussoirs: il voulait aussi fiiirela chasse aux sangliers ])our vendre les hures.
— Mais, s'écriait Napoléon, en écoutant les projets d'économie de sa femme, tu fais des dettes, ma chère; tu vas, tu vas; tu fais comme si tu avais quarante mille livres de rentes. — Mais non , non ; c'est vous qui vous en donnez comme si vous aviez les trésors du Pérou; vous dépassez vos revenus. — Belle fermière! comment tu ne peux pas aller sans recevoir le tiers et le quart? — Grand agriculteur! comment vous plantez des jardins anglais sur les bonnes terres, au lieu de les ensemencer! — Si)i)primcmoi les cadeaux à ton curé au moins ! — Pendant l;i chasse aux sangliers qui veillera la ferme, monsieur? — Eh bien ! Nous mettrons ordre a cela ; Rustan, sais-tu faire quelque chose dans une ferme? — Sire , j'apprendrai. — Il hibou rera, dit Joséphine. — Et il a la i)oigne assez forte pour cela, répond Napoléon en passant sa main sur son cou bleui. — Ah! dit Rustan l'air contrit, votre majesté me rappelle... — Tu n'oublieras pas la basse cour , ma chère , interrompit l'empereur; beaucoup de poulets : Rustan les aime.
Ce fut toute la punition du mamcluck qui ne pouvait se