CHAPITRE II
Passans, plaignez le sort de Mirabeau l'ainéi Plus de discours, plus de harangue, 11 va mourir empoisonné; En dînant, l'autre jour, il s'est mordu la langue.
M. LE VICOMTE DE S***, qui n'a rien dit jusqu'à prê^ sent. — Voilà qui est un peu au jus de citron, pnr exemple.
Trial se possédant à peine ^ à M. de Tilly. — Monsieur ! monsieur ! ... cette e'pigramme ,... ce n'est pas devant M. de Mirabeau qu'on oserait...
M. DE Tilly. — Mirabeau!... Mirabeau!... mais c'est comme une terre sablonneuse : ça boit l'injure.
M. DE CONDORCET avec force , donnant du corps à son filet de voix et espaçant ses syllabes. — Pour-vous-laren-vo-yer-en-vol-can !
M. DE Tilly agitant ses mains et s' efforçant de rire,
— Au feu ! au feu !
Madame de Sainte-Amaranthe au chevalier Richard.
— Ma foi, mon pauvre ami , votre chapeau n'a rien racommode'.
M. Richard. — En ce cas , adieu ; je vais prendre mon bonnet de nuit.
Celait le njoment de parlir : tout le monde s'en alla. Depuis celte soire'e , M. de Condorcet ne parut plus dans la maison , et je crois que M. le comte de Tilly et lui se voyaient de très-mauvais œil.
ZiES INTERMEDES DE CHABLES XX.
Quelques jours avant la célèl)re fête du Champ-do-Mars nous eûmes la visite du grand orateur dont il vient d'être question ; visite officielle en compa2:nie d'amis ou plutôt d'admirateurs dévoues qui lui servaient d'aides de camp.
Nous savions à l'avance qu'il venait nous demander Charles IX , et, au premier moment , toute la Conie'ilie- Fr.Hiçaise voulut se trouver à cette séance , nos d.imes surtout y tenaient; le grand costume était préparé, et peutêtre même les palmes étaient prêtes; car à toute cette première phase de la révolution , la France avait un grand esprit d'apparat , de procession , et de mise eu scène; Mole d'ailleurs , Mole était saisi d'enthousiasme pour Mirabeau , et (jui n'a pas été sous l'impression de l'enthousiasme de Mole ne i)eut se rendre compte de la puissance de ce diable d'homme quand il s'avisait de monter sur le trépied. Mole