‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 29 sur 232 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

sur la pièce de Che'nier , je suis ici pour avoir la pièce de Chénier; refusez-vous Charles IX? — Ma foi, répondit Beilemont, sem.iinier pour un de nos Ciimarades, nous ne jouerons l'ouvrage que si V\ vœu du public se maniftste. — Cela suftit, dit M. le comle de Mirabeau on s'en allant.

En effet , deux jours après le vœu public se manifesta.

La veille du 14 juillet 1790, les députés provençaux envoyés à la fête de la fédération , nous écrivirent eux-mêmes pour nous demander Charles IX ; nous n'avions pas d'autre réponse à faire que celle donnée à leur commettant : nous leur offrîmes une seconde édition avec toutes les précautions de politesse, de respect et d'ornemens que put fournir le vocabulaire du comité.

Nos fédérés étaient un peu gâtés par les civilités que toutes les corporations de Paris leur avaient faites; ils crièrent à la mauvaise volonté, et promirent d'en venir demander raison à ciel découvert ; mais en convives trop occupés ils furent oblii^és de remettre.

Le 21 de ce mois mémorable, au moment où le rideau se levait pour jouer Epiménide, Nau'Iet, Talma et M'ie Lange étant en scène. Messieurs de la Provence se trouvèrent à leur poste, et nous tinrent parole. La toile n'était pas à dix pieds au-dessus des planches, qu'ils s'écrièrent de plusieurs points , demandant Charles IX. Un de ces déj)utés ne s'en tint pas même à l'improvisation; il avait rédigé tout un discours; il demande le silence, l'obtient et fait une lecture de deux pages. Tout cela était bien tourné, bien patriotique, bien oriental, aussi à peine conclut-il que dans toute la salle on reprend en chœur : — Charles IX! Charles IX!

Naudet, en homme qui comprend combien la circonstance est difficile , donne au public de respectuenses, mais de dignes explications. Les rris augmentent; on accuse le patriotisme des comédiens. Naudet répli(]uc qu'une indisposition de Mn^e Vestris empêche déjouer la pièce, el que Saint-Prix est retenu par un érésypèle à la jambe. Le pu-

blic ne se paye point de cela : les cris redoublent. Il faut rendre justice à Talma , il resta calme jusqu'au moment où plusieurs voix prononcèrent le nom de ceux qui, disait-on, réglaient la conduite du Théâtre-Français, et faisaient du répertoire un instrument de leurs passions. Naudet , homme de cœur , mais qui , ayant servi en brave, avait pris les habitudes de supporter moins patiemment le tumulte, allait peut-être s'emporter, et Dieu sait où aurait été la colère de la foule, cette grande colère, qui met dans chaque individu le courroux de tous, lorsque Talma s'avançant

— Messieurs, M™e Vestris est en effet incommodée; mais je pense qu'elle jouera, et qu'elle vous donnera cette preuve de sou zèle et de sou patriotisme. Quant au rôle de Saint-Prix, on le lira.

Après ces paroles et cette promesse , le tumulte s'apaisa ; on put continuer Epiménide , et ce fut le premier interne, ède de Charles IX.

La comédie , ainsi acculée, se mit en disposition de donner aux amis de Mirabeau la pièce tant désirée. M™^ Vestris, sœur de Dugazon , lit un effort sur elle - même, et Grammont étudia l'ensemble du rôle lic Saint- Prix, pour s'en tirer du moins en ])a?sable lecteur.

Le 24, nous affichâines la pièce litigieuse.

Peut-être ici se présenlera-t-il un doute à l'esin'it de ceux qui parcourent ces souvenirs; peut-être quelques objections seront-elles faites à la Comédie-Française opposante. Je vais au-devant de tout : j'ai à cœur de répondre, et particulièrement à cœur d'éclaircir une partie si embrouillée de notre histoire , et dont il est impossible de se rendre compte, si l'on n'a pas été de la Comédie-Française, et même de la partie agissante de notre société.

Quoi , dira-t-on , vous avez un ordre du roi de ne point jouer Charles IX, cet ordre est votre grande raison, et vous ne rop[)osez [)oint à Mirabeau? Et quand le public, ou, si vous l'aimez mieux, les fédérés vous demandent

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