CHAPITRE III
les deux camps, mais ce fut particulièrement à propos d'une loi do tliéàtre que toute la salle trouva maille à partir.
Coti.e loi exigeait que Irs hommes restassent découverts pondant toute la du ée du sjx'ct icle; c'était une loi bien entendue de politesse et de conunodilé; mais les civiciucs chapeaux ronds ne Tentendaient point comme les gothiques chapeaux à trois cornes , et il était dans les droits de l'homme de gêner les voisins. Aussi plusieurs entêtes s'ohstinèrent-i!s à ne point se découvrir ; on leur en fit la guerre. C'était à ne pas s'enlendre: plusieiu's fois la pièce fut interrompue.
— Attendez un peu, M. le cardinal, il est question d'ôter la barrette à celui-ci , disait quehju'un eu désignant une large ligure à l'œil vigoureux , et dont rimperturbable coift'iMC ne bougeait i)as ; atlendez. — Est-ce vous qui devez me fiiirc faire le salut? répondait la (ière masse de visage.— Moi-même. — Nous tous, s'écrièrent plusieurs personnes ensemble en menaçant.
Et alors on vit s'éhranler , s'élever et grandir un buste audacieiisement ample, un remp;u-t humain. Quelqu'un le connaissait : ce n'était encore que le nommé Danton ; il lit le geste d'enfoncer son chapeau davantage , de le clouer à demeure.
— Ferme comme le chapeau de Servandony ! s'écria-t-il avec l'air d'un nageur vigoureux qui fait la coupe dans une lame.
Or il faut savoir qu'alors on nomuiait une des tours de Saint- Sulpiee le chapeau de Servandony.
Toule la salle ('data , et lo nommé Danton fut conduit àniutel-(le-Ville.
Nous donnâmes à cette soirée le lilrc de second inlerinède de C/2rt//<?s 7.:r.
Chénier fut fort étonné de voir reprendre sa pièce, et, ne sachant pas que nous avions eu la main forcée, il se plaignit hautcuieut de nous, qui , malgré ses prières , l'avions
60 MÉMOIRES DE FLEIJRY.
joué pendant les chaleurs de l'etd. Nous lui dîmes de s'en prendre aux instigateurs de (roubles, qui nous étaient venus faire à leur tour un genre de prière auquel on ne résiste pas. Talma crut que nous voulions le designer; il pensa qu'on le regarderait dans le public comme ayant monté celle tumultueuse comédie du 27 juillet , et , pour s'en disculper, il écrivit à M. de Mirabeau.
Voici sa lettre:
« Je recours à vos bontés , monsieur , pour me justifier «des imputations calomnieuses que mes ennemis s'empres- »senl de répandre. A les entendre , ce n'est pas vous qui «avez demandé Charles IX , c'est moi qui ai fait une ca- «bale pour forcer mes camarades à donner celle pièce. Des «journalistes vendus affirment au public tout ce que leur • malignité leur dicte. Si vous ne me permettez de dire la V vérité, je resterai chargé d'une accusation dont on espère » tirer parti. Je vous supplie donc , monsieur, de me per- » mettre de détromper le public , que cent bouches enne- »mies s'empressent de prévenir contre moi.
» Signé Talma. »
Mirabeau s'empressa de faire cette réponse :
« Oui , certainement, monsieur, vous pouvez dire que «c'est moi qui ai demandé Charles IX au nom des fédérés «provençaux, et même que j'ai vivement insisté; vous pou- » vez le dire , car c'est la vérité et une vérité dont je m'ho- «nore. La sorte de répugnance que MM. les comédiens ont » montrée à cet égard , nu moins s'il fallait en croire les » bruits (1), était si désobligeante pour le public, et même «fondée sur de prétendus motifs si étrangers à leur com-
(l) On ne peut comprendre ce « s'il fallait en croire les bruits. » IM. do Mirabeau avait eu par lui-même connaissance des motifs de la comédie : sans doute ce, on dit, fut une manière d'atlénuer son accusation.