‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 43 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

siirrectionnelle , et nos dignes représenta ns furent déclare's chefs de rebelles.

Vanhove si bon, si sensible, si paternel; Bellemont si jovial , si gai , si rond , chefs de rebelles! il fallait une révolution pour entendre cela.

Apres notre notification, l'Hôtel-de-Ville se mit réellement en colère; en conséquence, nouvel arrêté du conseil qui casse le nôtre avec des termes un peu bien osés; nouvelles injonctions de jouer avec Talma, et de plus, ordre formel , et à nous et à lui , de donner nos Mémoires respectifs et l'exposé de nos griefs, pour que le conseil , définitivemenl conseil suprême , statuât en dernier ressort.

Il fallut obéir: Talma rentra victorieux dans CharleslX, Le coïiseil avait opéré parfaitement! il conserva à l'impérieux parterre un homme de talent, mais du coup Raucourt et Contât donnèrent leur démission.

On pense bien que tout cela ne se passait pas sans trouble dans nos assemblées, sans prise de parole dans nos foyers, sans agitation chez nos amis : c'étaient des mots à l'oreille, des a parte, de vifs dialogues, de piquantes réparties. Nos dames, excepté Contât, Raucourt et Vestris, qui avaient endossé la cuirasse, excepte notre excellente Devienne, qui aurait voulu jeter quelque liant dans tout cela, nos dames, dis-je, faisaient galerie autour des combattons ; dès l'instant qu'il fut reconnu i\uc démocratie et aristocralic n'étaient pas le nom de deux rubans, elles ne s'y reconnurent plus.

— Mon Dieu! mon Dieu! disait la séduisante Desgarcins, c'est bien vrai pourtant que la France est en révolution : M'"^ Josse a mis sur Tétiquette de ses pots, au lieu de rouge végétal , rouge national.

Dès qu'il fut bien constaté qu'on révolutionnait les cosmétiques, nos jolies associées allèrent un peu où étaient leurs professeurs et leurs affections, et non pas précisément où était la justice. Je m'empresse d'ajouter, pour ne point manquer à la vérité, que la justice avait alors de ce

qu'on trouve dans les meilleurs tableaux, qui sont ëclair^s différemment, d'après le point de vue où chacun se place.

Ceci dit, on comprendra que ce n'est ni pour réveiller de vieilles haines, ni pour rappeler un passé de colère que j'ai parlé de nos troubles intérieurs; mais j'ai été mêlé à tout ce mouvement , on voit que j'en devins un des personnages actifs : cette partie de l'histoire du Théâtre-Français avait besoin de quelques éclaircissemens; je l'ai écrite pour moi , pour mes enfans; je l'ai écrite au^si pour T.ilma et pour Dugazon ; j'ai dit naguère le dernier adieu à cet ancien camarade (1); je suis assis tous les jours à côté de notre grand tragique; l'un me serre la main, l'autre avant de mourir me l'a serrée ; après avoir été leur ennemi bien franc , je suis devenu leur ami bien sincère; il faut qu'on sache cela, parce que ce qui a été écrit sur eux et sur nous ne s'effacera plus ; qu'un livre une fois imprimé c'est l'immortalité du témoin qui, bien ou mal informé, répèle toujours la même parole; je viens modifier cette parole; si j'ai dit le blâme on croira à la louange : j'ai toujours cherché à prouver que Fleury ne fut jamais avare que de son estime cl, je l'espère, cette garnntie me comptera.

Dugazon eut le tort, comme tant d'autres, de prendre un tout petit rôle dans le grand drame de la révolution; moi qui n'ai jamais baisé le cordon bleu d'un sot, mais qui ai été du parti des cordons bleus, qui l'ai dit, qui l'ai publié hautement, et qui pour cela me suis vu à deux doigts de ma perte, j'ai presque partagé l'enthousiasme des premiers temps révolutionnaires , et si , comme le vieil Ulysse de ma traduction , je me suis lié aux mâts du navire pour ne point me laisser aller au charme de la Sirène, j'ai compris l'entraînement des imprudens qui n'usèrent point de la même précaution. Tous ceux qui épousèrent avec ardeur des idées qui parurent d'abord grandes cl généreuses, et

(I) On se souvient que les notes de Fleury furent mises en ordre en I8I0; Dugazon moarut au mois d'octobre 1809,

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