CHAPITRE IV
sucrerie : encourageant et re'com pensant tour à tour, usant avec snge'=se et avec gr.intleur de sa puissance , elle était le Léon X de sa volière et de son chenil.
Elle amusait beaucoup M. Daubenton de ses idées originales; ne voulait-elle pas lui i)ersuader que son chien, à elle, avait l'altention d'aboyer plus bas quand elle était malade; aussi se figurait-elle quelquefois voir tous ses animaux redevenir dans sa chambre ce qu'ils avaient été pendant leur illustre existence; or, comme elle était très-décente, par pudeur elle ne se montrait en camisole que dans sa chambre, et jamais, au grand jamais, elle ne voulut paraître devant ses hôtes sans avoir mis le corset garni.
Il y a une histoire sur ce corset garni ; je ne sais si elle n'est un peu exagérée.
Ces heureux contours qui embellissent la femme étaient fort sommaires chez cette muse, et nulle frivolité mondaine n'apparaissait vers sa poitrine, remarquable par la plus grande concision; mais comme elle respectait la forme humaine , elle avait recours à sa taillcuse pour remplacer de trop fréquentes ab.iences , sans taire son |)etit artifice cependant; elle n'avait pas l'hypocrisie du buste: elle ne cachait point qu'elle s'arrangeait , elle cachait seulement quand elle s'arrangeait, prétendant que l'illusion est plus grande lorsqu'on est .iverti qu'il y a illusion. Malheureusement sa Couturière n'était pas toujours là , et comme la poétique dame n'avait pas le compas dans l'œil, il lui arrivait de manquer souvent aux lois des parallèles, et, par exemple, d'accorder plus de saillie d'un côté à l'objet qui de l'autre semblait afftcter une plus humble forme. Du reste, ce n'était pour elle qu'un petit inconvénient ; on va voir de quelle manière elle tourna , au profit de l'humanité, ces circonstances anti-géométriques.
Se trouvant à l'un des concerts de G.irat , une dame , sa proche voisine, fut lont-à-coup saisie d'une rage de dénis ; malgré cela, le charme d'une voix délicieuse la faisait rester encore: elle souffrait et écoutait; enlia le mal augmeu-
92 MÉMOIRES DE PLEURY.
tant , voilà que la pauvre malade se mit à p^eu^e^ de douleur de tant souffrir et de chagrin de s'en aller; quelques assistans, émus, lui firent passer un flacon d'eau de la reine de Hongrie ; mais il fallait un appareil , un peu de linge , quelque chose à imbiber pour appliquer sur la dent malade ; on cherchait , on dérangeait le concert : — Attendez! dit avec sa vivacité méridionale M"™^ de G*** instruite, attendez! — Puis, elle plonge héroïquement sa main dans les fournitures de sa couturière, et, devant deux cents personnes , en retire une poignée de coton de première qualité en s'écria nt : — Prenez , prenez , madame. Ça sert toujours à quelque chose.
Si je me souviens bien de ses commencemens littéraires, cette dame auteur fut adressée à notre comité de lecture par M^^e tie Montesson.
Fort bien accueillie dans la maison du duc d'Orléans , elle n'arriva pas chez nous en inconnue, et Mole se chargea de lire sa première pièce en cinq grands actes : Mole était, au comité comme au théâtre , un grand dupeur d'oreilles. 11 s'agissait d'un drame, Mole pleura, sanglotta, essuya des larmes, toucha son jabot de ses mains émues, tira ses manchettes, éblouit les auditeurs de tontes ses fusées, et les pleurs, les sanglots , le jabot froissé et les manchettes déchirées de Mole furent reçus avec acclamation sous le titre de : l'esclavage des nègres.
Dès-lors cet ouvrage eut sa place marquée au rang suprême des pièces philosophiques , entre le Manco Capac en vers de Leblanc et la Jocaste en prose de M. de Lauraguais.
Mais l'auteur, pressé de jouir, ne voulant passe contenter d'une renommée de portefeuille, nous priâmes Laporle d'exhumer l'ouvrage , et le Ihême philosophique , vu à la page et au revers, nous parut injouable.
La Comédie-Française était encore alors en bonne veine ; elle ne pouvait , sans porter tort à ses recettes , présenter au public ce long commentaire du gros livre de V Établis