CHAPITRE V
Pâques : O filii etfiliœî^ytç. celles du vaudeville un tant soit peu profane : Quand je bois du vin clairet. Celle espièglerie eut le plus grand succès.
L'ouvrage de Monvel était pris plus se'rieusement; il avait vu en grand les abus de la clôture; il y avait d'ailleurs une belle entente de la scène, et , dans son dialogue, cette sorte d'éloquence, dont l'effet était sûr en ce tempslà ; la critique n'eut pas le plus petit mot à dire contre un ouvrage dans lequel un amant perce les murs de sa prison, et trouve fort à propos sa maîtresse de l'autre côté. Ce singulier tour de passe-passe sembla une chose fort naturelle, et Grimod de la Reynière se serait bien gardé d'écrire à celte époque ce qu'il écrivit plus tard, que c'était là un vrai dénouement de maçon (1).
Mais, ni les Victimes cloîtrées , ni Marias^ ne puri'nt nous suflire ; nous avions compté sur les comédiens qui nous résilient, nous avions compté sur nos auteurs amis; mais notre hôte , le public , devenait chacjup jour |)lus rare; nous le rappelions; il revenait par élan, et jamais ce mouvement n'avait de suite. Le croirait-on? ce chef-d'œuvre, le Philinte de Molière et cet cet autre chef-d'œuvre, le Vieux Célibataire ^ admirablement joués, n'altirèrent jamais en comparaison d'une pièce et d'un acteur de circonslancf*; on venait voir un ouvrage marqué au grand coin comique, comme on va voir une fois la galiotte, quand elle est i)einte à neuf, eu badaudanl; mais plus de persévérantes visites, plus d'enthousiasme. Qu'était devenu notre parterre, jadis aussi artiste que nous? La révolution avait ruiné tous les spectac'es; élail-ce par la diversion
(I) Les dcnouemens de maçon étaient à l'ovdro du jour, et si, comme le dit Fleury, chaque acteur dut avoir pour pièces principales de sa garde robe, Tétole, le surplis ou le capuchon, toute administration théâtrale dut aussi augmenter son mobilier de pinces et de pioches; partout on renversait des bastions, partout on perçait des murs : la prise de la Bastille avait amené ce goût-là, tant le théâtre reçoit l'empreinte subite des éyénemcns du jour,
fréquente des grands inte'réts publics qui arrachent à tout amusement? était-ce par l'émigration de tant d'habitans de Paris, et surtout do la classe la plus riche? Que ce fût cela ou autre chose, l'Opéra menaçait de fermer, les Italiens de faire b.inqueroulc ; nous , nous avions recours ù des emprunts ; nous puisions dans la bourse de nos amis , et le pnbiic ne vidait guère la sienne dans noire caisse ; l'argent manquait enfin , et ce sont là de ces affaires qui ne s'assoupissent pas.
Nous ne savions à quel saint nous vouer, quand la Comédie-Italienne nous proposa un expédient qui , dans l'état des choses, nous sembla bon à accepter.
Nous annonçâmes Aihalic avec les chœurs de Gosscc ; j'avais déjà vu, il y avait près de vingt ans, celt« nouveauté de la musique réunie aux vers n'avoir aucun genre de succès , et malgré la magnilicence des accessoires et les talens des chanteurs, le public n'avait voulu y reconnaître qu'une bigarrure, un amalgame de mauvais goût, deux artsenfm gâtés en voulant les unir. Mais une chose mauvaise autrefois j)ouvait bien se trouver chose excellente en ces temps, où rien ne paraissait vrai s'il n'éiait invraisemblable; et d'ailleurs les pures considérations d'art serai'nt-elles eu première ligne, quand l'arithmétique nous montriiit d'un doigt inflexible les profondes cavités de notre coIïVe-fort !
La musi(jiie et la déclamation fraternisèrent donc. Nous nous associâmes , pour un temps , Messieurs de la Comédie-Italienne; ils vinrent chanter sur le Théâtre-Français, et nous allâmes jouer sur le Théâtre-Italien. Ces voyages ù'Athalie , |iroinenant tour à tour sa puissance et ses lerreurs sur les deux rives, attirèrent les curieux. Nous nous trouvâmes parfaitement dL^ cette collaboration inouïe, et comme nous l'avions bien pensé , le goût des arts n'eutranl pour rien dans l'.ittrait qui allait attirer à ce bizanc spectacle, nous singularisâmes encore l'opération en montrant la lanterne magique.
Nous inventâmes une cérémonie j)ompcuse intitulée : le