CHAPITRE VI
^renvait-il raison : il s'était tu quand Bouchor jouait; ja^ mais il ne s<' montra plus grand musicien.
Ce n'rsl que par à-propos, et pour saluer on roule nn ami, que j'jii dofirié celte historiette; car on saura que le .v/^A/o/- Zaccliarelli ,<;e célèbre italien, joue' si souvent et toujours avec tant de succès sur le théâtre de Monsieur , ne se nomme Zacch;irelli que par occasion, n'est italien que de circonstance , et p;irce qu'à ce théâtre il faut alîsohiineutque la musqué soit d'au-dolà des monts; or, comme un Français est censé ne pouvoir pas faire de cette musiquelà, pas même lauleur de la délici» use etàpmais vivante parliliou d<' la Mèlomanie, il faudra bien que le gai, le vif e! mélodieux Provençal (pie ses amis appel lent Chcmpein à rOpéra-Comique, se nomme Zaccharclli sur le théiUre de Monsieur,
Lubin est d'une figure Qui met tout le monde en train; Sa gaîté naïve et pure Annonce un cœur .'ans chagrin.
Favart se troiive avoir tracé là le por'rait de Champein dans sa jeuues'îe; sa figure est un p<'U plus grave maintenant : c'est qu'en vingt années sa vie a été bien remplie. Que de souvenirs ! que ne les confie-t-il au public ! D»^puis son départ de Salons, avec sou motet dans sa pocbe; depuis sa messe en musique jnsqu à son beau succès de la Mélomanie; que ne se moutre-t-il faisant assaut d« bons mots avecPréville, plein de bienveillance pour M. de Villiers , dc'coehanl le sarcasme à Saint-Amnnd , accueilli en grand artislechez M. le prince de Condé, jouant h'S comiques dans l'illustre troupe' Que ne rnconte-t-il lui-même son embarr.is |)our tutoyer el môme injurier la princesse , qui jouait les soubrettes; puis , plus lard, au t«'mps du (Irame politi(iue, (jue ne nous dit-il son amitié (tour Hoche, amitié partagée, amitié de frèn-s, qui les grandit tous deux, et dont la mort seule du général put briser le lien ! Que ne
se peint-il dans sa sous-préfccture (carChampein a e'ié sons- préfet), débitant ses disconrs paternels! Mais là il s'arrêterait : il voudrait se taire sur des actions justement admire'es. Sait-on que Chanjpein donnait tous ses appointemens de magistrat à nos soldats , si malheureux aux premiers temps de la République? Sait-on qu'arbitre et conciliateur , il apaisa mille plaintes et n'en excita jamais aucune? Je le dis ici , moi ; je dis aussi et son heureux retour à la musique, et son triomphe, et sa modestie, qui le lit un jour se cacher dans un étui de basse , que l'enthousiasme change bientôt en char de triomphe; je révèle à tous son sans-façon, sa franchise, et surtout la verve aimable qui lit pousser cette exclamation à son premier admirateur :
— Il y a dans cette tête-là deux onces de soleil de plus que chez ses compatriotes !
Maïs hélas! Saint-Amand m'appelle; j'y reviens.
Sainl-Amand avait eu une représentation à bénéfice; elle fut lucrative. Le soir, il comptait sa recette, et caressait doucement chaque écu , qu'il plaçait sur une serviette, autant pour l'empêcher de tinter que pour lui dresser un lit honorable. On frappe à la porte : comment faire? Refuser d'ouvrir; on croira qu'il a des trésors; d'ailleurs on vient de la part de l'administration. Il sait que la lumière éblouit les gens quand ils ont le nez dessus; notre ingénieux avare prend son flambeau, et se propose de le tenir toujours sous les yeux et à deux pouces du visage de l'importun. Après ce plan de campagne il ouvre; mais, ô malheur ! le vent qui s'engouffre dans l'escalier, trouvant une issue, éteint la lumière. De l'argent étalé, quelqu'un là, et profonde obscurité ! Voici du génie :
— Jamais il n'en fait d'autres ! s'écrie Saint-Amand. Frappez , frappez des mains ! chassez-le ! Oh ! le vilain animal ! Au chat! au chat ! Frappez donc , fr;ippez des mains !
Et il frappe à coups redoublés , oblige son visiteur à frapper de même, tout en le conduisant insensiblement