CHAPITRE Vï
vers le corridor à la quête du chat supposé, puis il ferme la porte et va parler affaires en bas, bien conv.iincu que tant que son homme a battu des mains il n'a pu faire brèche à ses écus de trois livres.
Enfin au bout de dix-sept ans il s'en alla de chez Prévilb*, parce qu'il fit un he'ntage. La voilure l'attendait ; il veilbàt à ce qu'on mît bien exactement les paquets à leur place; enfin lui-même va s'embarquer, il fait ses adieux :
— Tu n'as ri«'n oublié! lui dit Prëville. — Ah ! si fait! s'écrie Saint- Amand , en se frappant au front; ma bassinoire !
— Mais il y en a deux dans la maison : laquelle est la tienne? — La plus lourde.
Ce ne fut pas ainsi que le brave M. de Villiers prit congé; hélas! il ne s'en alla pas de son plein gré , lui ; et lorsque la vertu devint un litre de proscription, le vieil apôtre, à plus de quatre-vingt-un ans, fut enlevé et conduit à Chantilly, transformé en prison d'état. Arrêté ! l'homme à qui quelqu'un demandant comment il comprenait une mauvaise pensée , ri'pondit :
— Mais je me figure que c'est comme une écharde profondément entrée dans le doigt : on y doit avoir la fièvre jusqu'à ce qu'elle en soit sortie.
Préville était inconsolable; mais M""^ Préviile, déjà fortement affectée des malheurs qui désolaient sa maison et pesaient sur la France, ne put supporter ce dernier chagrin ; son cœur acheva de se briser, et elle mourut en août 1794.
Je me laisse entraîner bien loin du chemin que j'ai pris au commencement de ce chapitre ; je n'en sortirai pas encore cependant : mes souvenirs se pressent et les événemens sont sous ma main.
L'éruption de nos troubles civils engloutit la fortune de Préville avec tant d'autres. Dépouillé des pensions de la cour, il vit dissoudre la Comédie-Française et périr ainsi le gage des rentes fondées sur l'existence et l'apparente perpétuité de cette société. La mort de sa femme l'accabla :