‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 76 sur 232 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

seul désormais chez lui , et réduit au revenu de ses propriétés , dont on pay;iit alors les fermages en papier sans valeur, il vint à Paris solliciter du gouvernement directorial le rétablissement de se^ pensions; il n'y trouva nulle faveur, et , fatigué de se voir rebuté par ces ridicules parodistes de la puissance royale, il renonça à ses démarches. Ce fut alors qu'il joua encore quelque temps pour ses anciens camarades. Je ne me montrais point partisan de cette dernière apparition, et j'étais en cela d'accord avec Champville, sou neveu , notre associé , et avec Dazincourl ; mais, ferme comme Molière , qui voulut jou<'r le Malade imaginaire dans l'intérêt de sa troupe et mourut a la peine, Préville insista. — Je n'ai jamais séparé mon sort de celui de mes caiLarades : dites-moi qu'ils sont heureux et je me retirerai.

Qui aurait pu lui dire cela? Il reparut donc; il reparut 'à suixanie-seize ou soixante dix-sept ans, renouvelant ainsi le prodige du vieux Baron ; et ce fut par le Mercure calant, le premier des rùles (ju'il ail joués , le dernier dans lequel il ait reçu les hommages du public, qu'il acheva une carrière si bien et si pleinement remplie.

La lille de Préville, M^^^ Gucsdon , avait depuis quelque temps quitté la capitale avec son mari, ancien trésorier de la maison militaire du roi, et exerçant alors l'emploi de receveur-général à Beauvais. C'est là qu'après un*' maladie cruelle, où il perdit entièrenieut la vue , Préville alla terniiner ses Joiu's , entouré des soins le»; plus tendres. M^^ Guesdou possédait, à quelques lieues de la ville, une belle propriété, dans un pays salubre ; elle y conduisit sou père, et ne le quitta plus jusqu'à ses derniers momcns.

Ce fut là qut' se pa>sa une scène qu'on a coulée diversement dans le temps , et qui même a fourni le sujet d'un drame; mais conteurs et auteurs dramatiques l'ont lout à fait «lénaturée. J en ai su tous les détails par M^e Guesdou elle-même : voici l'exacte vérité. 11 faut savoir d'abord que î*réville , dont l'esprit avait été vivement frappé par le§

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