CHAPITRE VI
trouveront pnsici, n'est-ce pns? Non ; là , sur ton cœur..., Loiserolh s îiinsi fut sauvé ! l'endroit est sûr.
Puis !c vieillard tombe accablé sur un fauteuil, et raconte à M^^ Guesdon, avec un accent de terreur el de conviction :
— J'étais sur la fatale charrette ; non pas seul : une mère et son fils!.... la vieillesse et l'enfance! les bourreaux!.... Nous marchions ; chaque mouvement de la voiture me faisait frémir; je tremblais. Quel bruit sinistre! Oh! qui pourra comprendre celte épouvante ! Compter chaque tour de roue , quand chaque tour de roue abrège la vie ! C'est comme si le char vous écrasait le cœur ; s'approcher ainsi de la mort, s'écrioit-il avec de vives étreintes à son enf;int, ah! c'est plus que la mort.... — Mais vous êtes sauvé, mon père! vous l'êtes, répétait la pieuse fille en embrassant , en caressant Prévillc , en invoquant le ciel pour rappder cette raison égarée , pour éloigner cet horrible supplice. — Oui , sauvé ; mais est-ce pour long-temps? car lu ne sais p;)S... . Ecoule , reprenait le vieillard dont les cheveux se hérissaient et dont le front ruisselait d'une froide sueur; écoute: le funeste tombereau s'arrête. Je ne regarde pas; non , je n'aurais pas osé : je baisse les yeux ; je prie et je pense à vous. Tout-à-coup j'entends descendre, puis monter.... Quels i^as lourds ! La foule pousse un cri ; c'est une insulte à la victijne. Mes mains n'étaient pas libres.... Oh!
mon Dieu ! on descend encore, et encore ou monte
puis C'est mon tour! Je je me laisse conduire;
presque mourant au pied de l'échafaud, j'essayais d'atteindre à la hauteur de la première m.irche; mais un bras nu , un bras puissant s'allonge devant moi comme une barrière; je regarde.... c'était le bourreau !
Là , Préville prit alternativement l'accent rude de l'exéculeur et celui d'une victime qui n'a qu'un souffle de vie , et dont la voix arrive à peine à l'oreille. Le génie de l'iniitution le suivait ainsi jusque dans ces heures d'angoissçs j
i'àS MÉMOIRES DE FLEURY.
il rendait présente la scène affreuse et les terribles personnages.
— Où vas-tu? — Mais je vais.... vous le voyez mais
c'est une cruauté' de proloufier encore — î*ds tant de
bavardage.... Où va le citoyen? — Rejoindre mes compagnons d'infortune.... prier au ciel pour ma famille. — Tout cela est bel et bon, mais on ne passe pas. — Comment , on ne passe pas?
En cet endroit , la figure du vieillard changea et s'illumina pour ainsi dire d'un rayon d'espoir.
— Sans doute , on ne passe pas ; as-tu ton nume'ro? — Mon numéro? — Mais, oui ; est-il entêté! Qui m'a (ichu ini condamné pareil ? Tu crois qu'on se fait guillotiner comme ça, toi ! Voyons ton numéro. — Pardon, monsieur, je j'ignorais l'usage; je n'ai pas de numéro. — Cherche — C'est bien dit, cherche; avec ça que vous arrangez les gens commodément pour chercher.
En disant cela, il montrait ses mains qu'il rendait adhérentes comme si des liens de fer les avaient serrées.
— Cherchez vous-même Faudrait-il pas venir encore?
Et voilà Préville grognant , et le bourreau lui ripostant sur le même ton : refus péremploire de chercher son numéro ; colère de l'homme de la loi, qui prend enfin le récalcitrant par les épaules et lui crie :
— Va-l-en le chercher Hum ! f bêle qui vient se
faire couper le cou sans avoir son numéro ! — Tu sens bien que je ne me le suis pas fait dire deux fois.
Et à cette conclusion de sa narration, Prcville levait doucement le pied droit , pointe courbée , comme pour ne pas toucher la terre, se faisait petit, f^^lissait, et portant la main à sa tête, il souriait dans l'attitude ironi(iue de Mascarillc venant de dérober la bourse à son maître.
Celte histoire , avec de si terribles détails au commencement et si tragiquement plaisante ù la fin , fil craindre le