CHAPITRE VII
abondance, et chaque pas qu'ils faisaient, l'un tirant et l'autre tiré, rendait la plaie encore plus profonde. Le calife appelle un esclave : — Cours, lui dit-il , qu'on saisisse cet inhumain chamelier dont la manière de conduire est si funeste à ce pauvre animal, et qu'on lui donne cent coups. — Qu'ordonnez-vous? s'écrie le Kalender, faites donc plutôt fustiger l'imbécile chameau qui sent qu'on le bicsse et suit toujours.
Bonaparte n'était pas encore consul à l'époque de ce conte d'Occident en style oriental ; on comprend quel sens il voulait en tirer; ce qu'il appliquait au Directoire, je puis, je crois, l'appliquer à la Terreur.
Cependant un jeune auteur dramatique regimba contre l'aiguillon des chameliers d'alors; une faction audacieuse, s'ap|)uyant sur une popularité acquise par la corruption, par les fausses maximes, s'aidant d'espe'rances mensongères , se faisant une force, moins encore de son audace que de la faiblesse des honnêtes gens, prenait chaque jour de nouvelles racines ; l.aya se présenta contre elle. Ce jeune auteur voulut parler de haut à la nation , et fau'e de tribune, V Ami des lois monta sur le théâtre pour fulminer sa puissante parole : à défaut d'aulr^'S armes, il s'arma du fouet du ridicule, et les Nomophages, et les Duricranes du jour, ces rois du glaive (1), courbèrent un moment le front devant des vers qui les peignaient comme ceux-ci (je cite de mémoire) :
On doit pour son grand bien bouleverser la France. De la propriété df'-coulent tous les luaux. Les vices, les horreurs, enfin tous les flé.'inx. S;ins la propriété point de voleurs; sans c le Point de supplice donc , la suite est naturelle. Point d'avares, les biens ne pouvant s'acquérir; D'intrigans, les emplois n'étant plus à courir;
(I) Tout le monde reconnut Robespierre dans Nomophage, et Marat dans Durieranc.
Histoire du ThédCre-Francais. Etienne.
I5i MEMOIRES DE FLEURY.
De libertins, la femme accorte et toute bonne
Étant à tout le monde et n'étant à personne.
Point de joueurs non plus, car, sons mes procédés
Tombent tous fabricans de cartes et de dés.
Or, je dis si le mal naît de ce qu'on possède ,
Donc ne plus posséder en est le sûr reniède.
Murs, portes et verrous, nous brisons tout cela.
On n'en a plus besoin dès que l'on en vient là.
Cette propriété n'était qu'un bien postiche;
Et puis, le })anvre naît dés qu'on permet le riche.
Dans votre république un pauvre bêtement
Demande au riche!... abus! dans la mienne il lui prend.
Tout est commun; le vol n'est plus vol , c'est justice.
J'abolis la vertu pour mieux punir le vice.
OU des vers qui les frappaient au cœur, comme ces autres que j'e'tais churgé de dire pour prouver à Nomophage ( Robespierre) que la république pourrait bien avoir d'autres ennemis que les combaltans d'outre-Rhin :
Ce sont tous ces jongleurs, patriotes de places, D'un faste de civisme entourant leurs grimaces; Prêcheurs d'égalité, |)rétres d'ambition : Ces faux adorateurs, dont la dévotion N'est qu'un dehors plâtré, n'est qu'une hypocrisie : Ces bons et francs croyans, dont l'ame apostasie, Qui pour faire haïr le plus beau don des cieux, Nous font la liberté sanguinaire comme eux. Mai- non, la liberté chez eux méconnaissable A fondé dans nos cœurs son trône impérissable. Que tous ces charlatans, populaires larrons, Et de patriotisme însolens fanfarons , Purgent de leur aspect cette terre affranchie! Guerre, guerre éternelle aux faiseurs d'anarchie! Royalistes tyrans, tyrans républicains, Tombez devant les lois, voilà vos souverains! Honteux d'avoir été, plus honteux cncor d'être. Brigands, Tonibrc a passé, songez à disparaître!
Dire cela en faci' des proscripteurs, le dire à eux , en de tels termes, en de pareilles cii constances , leur parler comme Molière soutenu par un roi parlait aux tartufes, quand eux, tartufes politiques, élevaient l'échafaud d'un