CHAPITRE VII
roi, quelle belle mission de poète! quel courageux et nie'nionible exemple! De tels actes honorent autant l'homme qu'ils honorent l'écrivain. L'Acade'mie s'est souvenue de Laya; que la France s'en souvieime!
La délerminaliou de Laya n'était pas celle d'un jeune homme tout fougue, tout emportement, qui s'excitait par les obstacles : c'était une détermination calme, réfléchie, une déterminalion de forle Irenipe. Laya a toujours puisé son énergie où il cherchait sou talent : dans son cœur, et son cœur agrandissait sa tête.
Pendant les ré[)étitions, nous recevions de^ avis : la commune nous observait, plusieurs membres de la Convention, et notamment les intéressés, se préparaient contre l'auteur, les acteurs et l'ouvr.ige. Pour être en mesure, j'étais allé avec Saint-Prix voir Mercier, qui élait du parti de la Gironde; avec ce caractère qu'on lui connaît, c'était se faire bien accueillir de ce dernier que de lui demander un cofiseil et l'appui de sa voix en cas d'urgence. Nous revenions par la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arls, quand nous rencontrâmes Laya lui-même qui, je crois, allait chez son libraire; nous parlûmes de notre visite à Mercier, dont l'avis était qu'il fallait faire un prologue.
Saint-Prix. — Mercier i)rétend qu'il faut vous justifier d'un grand tort... celui d'avoir voulu faire un peu de bien.
Laya. — Ceux qu'un tel motif blessera peuvent d'avance prendre leur p.irti.
Moi. — Entêté!
Laya. — Oh! incorrigible.
Moi. — Et la hache du bourreau ?
Laya. — Si elle me fait peur, je consens à ce (ju'ils me proclament leur semblable. Une seule considération m'arrelerail: c'est vous, c'e>t votre théâtre.
Saiint-Prix. — Nous! oh ! nous risquons moins et nous sommes en plus grand nombre. La haine s'éparpille, ne sachant où se lixer.
Moi. — Et puis nous sommes trente à nous cotiser pour
avoir votre courage. Quoi qu'il arrive, nous vous jouerons, et avec les points sur les /.
Laya. — Bravo! Fleury! bravo! Saint-Prix! attaquons! attaquons! Démasquons l'intrigue! Sus, sus au crime! Poussons aux faux monnayeurs de patriotisme. Qui sait? ces misérables reculeront peut-être.... le vice est toujours un faux brave.
Saint-Prix. — Et l'auteur de Y Ami des lois est...
Laya. — L'ami et l'obligé de vos seigneuries. Savez-vous ce que je vais faire? Puisque Mercier le veut, mettre en prologue, ou en préface, noire conversation.
J'ignore s'il lit un prologue ; nous étions pressés, nous n'en jouâmes point, mais sa pièce eut un des grands succès qu'on ait jamais enregistrés dans nos archives théâtrales, un succès d'une |)hysionomie qui n'a appartenu qu'à ce temps-là On mettait l'enchère à nos billets; dès une heure , le public commençait à circuler veis nos bureaux. Toutes les rues (jui avoisitiaienl le théâtre s'encombraient; on débouchait de partent. Nous jouions, et l'enthousiasme était au comble : tout le monde voubiit voir l'auteur; on le demandait à chaque re|)réseutation ; on semblait prévoir qu'en fait de courage civil c'était le dernier des Romains à contempler, et Laya, qui comptait sur l'entraînement du bon exemple, ne mettait ni orgueil ni fausse modestie en se rendant aux vœux d'un public véritablement enthousiaste.
Cependant toutes les jacobinières étaient en mouvement; la commune de Paris fulminait. Qtiel était cet auteur? quels étaient-ils ces comédiens? quel élait-il donc ce public qui osaient rétrograder niusi vers les princi|)es, la justice et l'humanité? Ils nous envoyèreni d'abord les aimables tape-durs dont j'ai parlé ; njais ils n'étaient plus en nombre, et leurs hideuses ligures faisaient tache au milieu d'un parterre où chaque honnête homme touchait le coude à un honnête homme comme lui.
Ce parterre fut dénoncé , tnùic de nsannblemeut lac-