‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 94 sur 232 · CHAPITRE Vir · texte numérisé non relu

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serrure , et, prenant bien ses aises , malgré les balles serait entre.

Quand je dis qu'il y a deux sortes de courage , peut-être y en a-t-il trois , et en voici un trait qui appartient au ii)ême auteur sans appartenir ;iulant à celle grandeur et à cette force d'ame qu'il montra d.ins bien des événeinons; j'espère qu'il ne se fâchera pas de cette révélation. Ceci est nu tout petit trait comique dans sa vie, qui du reste est assez belle.

A répo(|ue où Bonaparte devint Napoléon, et quand l'existence politique de M. François de Neufchâteau fut ensevelie comme tant d'autres dans la sénatorerie, l'empereur demanda à cet ex-minislre un travail sur la Comédie- Française, et sur l'existence qu'on pouvait lui faire ; puis , pour l'aider, il lui adjoignit quelques conseillers. Ce travail se faisait, mais comme il traînait en longueur, le conquérant qui aimait à mener tout comme il menait ses victoires , retint un jour les rapporteurs au Louvre , et les mit en charte privée , les engageant à en terminer sans désemparer. L'invitation ainsi faite était pressante , on se mit avec ardeur à la besogne ; cependant Tempereur qui savait comment on lui obéissait et qui , peut-être , avait un peu brusqué la chose, racontait à M. Real ce qu'il venait de faire , et en ce moment il mangeait d'un excellent pâté de foie gras : — Savez-vous ce qui arrivera , sire : ils feront leur rapport , mais ils ne dîneront pas. — Le rapport ne vaudra rien , alors , dit l'empereur ; puis il donna ordre qu'à l'instant on porlût à ces messieurs de quoi dîner, et, comme faveur spéciale , comme encouragement ou comme récompense , que le pâté entamé de la main de Sa Majesté en devînt la principale pièce avec cet appendice encourageant , que Sa Majesté l'avait trouvé fort bon.

Le lendemain , chacun de ces Messieurs vantait la bonne grâce de l'empereur , et cette distinction du pâté excitait mille jalousies. Ce pâté reçu, fêté, coupé, mangé, composait tout une Odyssée. François de Neufchâteau racontait de son côte celte fiublesse d'esprit des courtisans avec un

ton de liberté et tVinde'pendance qui lui faisait le plus grand honneur.

— Savez-vons ce qui s'est passé , disait-il , dans l'audience que nous eûmes le lendemain. — M.iis , non , sans doute ; qnc s'cst-il passé ? (On était à Taflût.) — L'empereur nous a dit: « j'ai trouvé le pâté de foie gras excellent ; et vous, Messieurs? » A ces mots , ajoutait le narrateur, tous de s'incHner et de reiicliérir de louanges : c'était un pâté sans j>areii , un pâté lihéuix , un jiâté f.iit pour la table des dieux. — Et vous , M. de Neufchâte.iu , me dit l'empereur, vous ne parlez pas ; est-ce (jue vous n'avez pas Irouvé le pâté bon? — Ma foi ! sire, ai-je répondu sans licsiter, il était trop salé.

Et là, M. de Neufchâteau, tout fier de cet acte de vigoureuse opposition , se promenait pour donner pleinement à ses poumons la quantité d'air r^'spirable nécessaire à tout triotnphateur, et, à chaque denx ou trois enjambées, il répétait : — Oh !....je le lui ai dit! je le lui ai dit! Ma foi!... sire, il était trop salé.

Les malheurs du temps, et sans doute aussi les déceptions, avaient passé la Vuue sur bien des énergies. Peut-être faut-il courir une sérieuse espèce de danger pour exciter le noble élan du courage , ce courage que la conscience' et le devoir réveillent malgré les menares du malheur; et pour nous (j'ose aussi dire avec nou'^) , à l'époque de Pa~ mêla, M. François de Neufchâteau n'en manqua pas.

Enfin la pièce est annoncée pour le 2 septembre. La Comédie-Française |)ressentit ce qui allait arriver quand elle rrçut rinjonction de faire mettre au bas de son alliche :

Conformément aux ordres de la mlnicipalité , le pudlic est prévenu que lon entrera sans cannes ,

BATONS , ÉPÉES , ET SANS AUCUNE ESPÈCE d' ARMES OFFEN- SIVES.

Cette rédaction était alors moins une précaution qu'un signal , et jamais les mauvais sujets ne manquaient de ve-»

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