‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 95 sur 232 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

nir à rinvilntion; c'était leur billet de pnrt , qu'ils traduisaient: « Ici il y aura du tapago.»

Nous élious tou*^ sur \o Iheâtre et nous hésitions à faire lever la toile; nous hésitions même à regarder l'aspect de la salle ; nous appréhendions de trouver là une sorte de comité révolntiniinaire en séance. Saint-FaI l'osa cependant : — « Voyez , dit-il ; si ce sont elx , ils ne sont pas si noirs qu'ils sont, diables. » Je reg.irdai , un autre regarda , et puis tous, je pense. Jamais la salle n'avait été ni plus br 1lante ni mieux composée. Si l'on nous avait désignés pour victimes, les liaiidelelles ne nous manquaient pas; 1rs dames même étaient eu rioujbre , et quelques-unes avaient osé se coiffer autriMnent que de la sor<li(lecorut'tto, symbole d'égalité; parmi les hommes , j'apercevais bien (juclques têtes à cheveux noirs et crépus , mais nous avions en grande majorité de billes lignes de têt<"S poudrées , de ces têtes dignes et respectables (jui , depu s vingt ans , avaient suivi el i»iolégé la Comédie-Française , restes précieux de l'ancien parterre du faubourg Saint-Germain. 11 y avait, certes, quelques dangers à se trouver chez nous; peut-être était-ce précisément à cause de cela (ju'ils venaient nous voir ; peut-être aussi, vieux amis de la famille, et mieux au fait (jue nous, venaient-ils une dernière fois nous tendre la main comme à ceux qui partent pour une périlleuse traversée , et qu'on vient encore , de la rive , regarder lever l'ancre.

Un homme seulement me gênait dans toute cette nombreuse assemblée; il s'était placé au balcon ; il semblait attendre. C'était un des elFervescens d'alors. Je l'ai vu bien changé depuis , notamment à Dresde , faisant assez bonne figure dans les ciats majors; mais à celle époque c'était ce qu'on appelle un sacripant; à cause de son impétuosité, on avait même ajouté à son nom un surnom d'arme à feu; je ne puis me rappeler si c'était fusil , espingole , pistolet ou canon ; bref, il avait la rage de la montagne ; on en jugera.

Je ne le voyais que par derrière , et cependant j'étais tourmenté comme si son visage m'eût menacé; je trouvais dans la dimension de ses épaules , dans son ample nuque , dans sa tète carrée, dans sa manière de se cambrer, de toiser la salle, de s'appuyer sur le coude, quelque chose dont je n'augurais rien de bon.

La toile se leva. Nous commençâmes. Jamais mes camarades ne montrèrent tant de supériorité ; jamais la jeune Lange ne joua Paméla avec plus de sensibilité , plus de grâce; jamais elle ne mit un plus naïf abandon , et jamais aussi je ne la vis plus appétissante à aimer. Mon rôle s'en ressentit : milord Bonfil me rapporta de nombreux honneurs. J'avais presque oublié mon homme du b.ilcon, lorsque, dans la scène où milord Arthur conseille à milord Bonlil de se marier pour transmettre son rang à un iils , je sentis que dans la salle quelqu'un faisait un soubresaut ; je n'eus pas besoin de regarder , je savais où c'était. Cependant la pièce continua ; les applaudissemens nous suivaient ; et jusqu'alors le i)ublic s'était montré fort sage; entin il s'échappe à trouver une allusion , puis une autre, et bientôt une troisième. Cependant la pièce marche , le parlerre s'excite, il trépigne , la flamme monte, elle augmente, elle traverse de la salle sur le théûtie. Je comprends bien que devant nous , et ailleurs aussi s;ins doute , mais particulièrement devant nous , s'agite toujours le personnage en question ; enfin arrive la scène du brave Andrews, le digne homme me dit :

L'erreur avait fondé la puissance du prêtre; Mais sur l'homme crédule un empire usurpé, Doit cesser aussitôt que l'homme est détrompé. L'Angleterre l'éprouve, et des sectes rivales Elle oublie aujourd'hui les discordes fatales; Chacun prie à son gré, les amis, les p.-iieiis Suivent sans disputer des cultes différeus.

Aux mots « Chacun prie à son gré , » grande agitation

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