‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 97 sur 232 · TOME ir · texte numérisé non relu

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170 MÉMOIRES DE PLEUP.Y.

Le public alors se lève d'un seul mouvement ; jamais je n'ai entendu un bruit si souverain que celui-là ,011 tant de volontés s'accordaient ; il n'y faisait pas boii pour l'attaquant , et le mot : « Sortez ! » n'était pas prononcé qu'il disparut.

L'ouvrage ne se ressentit en rien de cet incident ; il alla jusqu'au bout à son ordinaire , c'est-à-dire au milieu d'un be;iu triomphe.

Nous étions habillés pour la seconde pièce , quand des amis vinrent en toute hâte nous avertir que notre individu éiait allé aux Jacobins y dénoncer le Théâtre Français comme un repaire d'ari^locriiles, 011 l'on pervertissait l'opinion publique par la représentation de pièces contre-révolulioiniaires.

— Fuyez , disait quelqu'un à Dazincourt, aussi particulièrement désigné que moi. — Veux-lu nous en aller, FIcury, me dit mon camarade avec uu sourire. — Nous en aller ! il nous arrivera malheur ; mais restons chez nous. C'est aujourd'hui notre 10 août.

A peine avais-je parlé qu'on nous annonce que Ï3 Force armée cerne la salle.

Il y eut un mouvement en arrière.

— Levez le rideau ! m'écriai-je.

Ce mot est souverain ; nous étions en présence du public, et l'École des Bourgeois commença.

Je jouai le marquis de Moncade à mon ordinaire, mais, malgré cela, occupé de ce qui se passait au-dehors et de ce qui pouvait s'ensuivre, je pensai à quelques amis que j'avais là; la belle Emilie, devenue W^^ de S;.rlines, et iVl»»<^dc Sainte-Amarantlic , sa mère, étaient d-îius une loge au rezde-chaussée sur le théâtre ; je trouvai le moyen de leur dire , tout en m'occupant de mon rôle : — On cerne le théâtre, sauvez-vous!

Hélas ! je les sauvai alors, mais ce ne fut pas pour longtemps : la hache fatale devait être bientôt suspendue sur leur tête.

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