‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 126 sur 275 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Jenny La Reine.

Belzi Mme la duchesse de Guiche (1).

Lanière. . . . Mme Diane de Polignac (2).

Les mêmes acteurs donnèrent ensuite , et sans avoir admis encore à leur représentation beaucoup de spectateurs: On ne s'avise jamais de tout et les Fausses infidélités de M. Barthe; en général, la comédie fut jouée d'une manière pénible et froide; mais l'opéra étant animé et soutenu par la musique, avait la palme.

Depuis l'aventure du petit homme rouge , le roi avait pris en haine le théâtre ; mais voyant que sa femme y réussissait et y était applaudie, le goût lui en revint aussi, à tel point qu'il assistait à toutes les répétitions. On nomma pour diriger l'illustre troupe, et afin de donner des leçons théâtrales et mettre en scène, pour l'opéra-comique, Caillot et Richer, pour le même objet dans la comédie, Préville et Dazincour, mais comme Préville avait bon nombre d'occupations , plus tard on me fit l'honneur de me donner le titre de surnuméraire.

Afin de mieux s'autoriser à prendre un divertissement qu'elle aimait chaque jour davantage, la reine aurait désiré que Mme la comtesse de Provence , avec laquelle elle était alors un peu en froideur , jouât aussi la comédie ; mais Monsieur, qui donnait son consentement tout haut, le retirait tout bas ; il en résulta une espèce de querelle entre les deux belles-sœurs, à laquelle fut présent le comte d'Artois ; il était venu pour déterminer Madame, mais cette princesse ayant rejelé bien loin, comme indigne d'elle, la proposition de paraître sur un théâtre , la reine prit la parole : « Mais des que moi, Reine de France, je joue la comédie, vous ne devriez pas avoir de scrupules. » A quoi Madame répliqua : « Si je ne suis pas reine , je suis du bois dont on les fait. » Piquée de ce parallèle , S. M. riposta vivement en faisant

(0 Fille de Mn,fi Jules de Polignac, (2) Elle était clianoineose.

sentir h sa belle-sœur combien elle regardait la maison de Savoie au-dessous d«* la maison d'Autriche, qui ne le cédait pas même à celle des Bourbons , ajouta-t-elle. Le comte d'Artois , resté muet jusqu'alors , prit la parole et dit en riant : « Jusqu'ici , Madame, j'ai craint de me mêler de la conversation , vous croyant fâchée , mais pour le coup je vois bien que vous plaisantez. » Ce sarcasme termina la discussion.

Je mis en scène le Barbier de Séville , et je vis répéter plusieurs opéras. Aux répétitions, la reine était la meilleure camarade du monde , riant de ses gaucheries , et recommençant quand il le fallait. Il y avait certaines répétitions que le roi n'aimait pas : c'était lorsque , dans l'ouvrage, il se trouvait un baiser à donner ou à recevoir. Louis XVÏ s'impatientait, s'agitait, toussait ou se mouchait Irès-fort, comme si le bruit l'avait empêché devoir: — Ces choseslà se font toujours bien aux lumières, disait-il, il n'est pas besoin de les essayer et surtout d'y revenir souvent. » Sur ces observations, et comme on craignit de voir couper court aux représentations, on passa dorénavant les baisers qui furent donnés et reçus en blanc.

Pour une troupe de société, celle de la reine était bonne; mais l'exagération des compliments augmenta l'idée que les acteurs avaient de leurs talcns , et l'amour-propre et la jalousie , que je croyais n'être qu'au Théâtre-Français, prirent aussi droit de bourgeoisie chez les princes comédiens.

On devint jaloux au château delà réputation des troupes de Mme de Montesson et de Guimard ; on s'informait comment telle ou telle avait joué, on envoyait des affidés; puis, se piquant d'émulation , on essayait de surpasser la troupe rivale , soit en montant plus de pièces, soit en les montant mieux; on se moquait réciproquem?nt les uns des autres , et des épigrammes étaient lancées et rendues. Bien entendu que pour la troupe de Trianon le nom de ia reine était toujours respecté, tout en avouant que ses autres acteurs prêtaient un peu le flanc, surtout M. le comte d'Adhémar, à qui

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