UN SECOND THEATRE-FRANÇAIS
La Comédie-Italienne devient notre succursale. — Nos bons voisins nous parodient — Mmo Verteuil. — Cailhava. — Son ardeur d'écrire contre nous. ■ — Anecdote. — Répétition du Tuteur dupé,, ~ Le Chat et les Comédiens. — Historiette répétée deux cent cinquante-deux fois.
Il n'y a point à se faire illusion, un second théâtre existe : Laharpe, Cailhava , Rochon de Chabannes , Beaumarchais, ont tant fait, tant écrit! la Comédie-Italienne n'a plus d'Italien que son nom (i), mais qu'importe un titre! c'est bien une rivale qu'on donne à la Coméclic-Fran-
(I) Depuis que la Comédie-Italienne avait adopté l'opéra comique, elle n'existait que pour mémoire, le bâton de mesure du chef d'orchestre devint un sceptre de fer; il pesait si lourdement sur la tête d'Arlequin, de Pantalon et d'Argentine, que ces anciennes gloires, quand leurs jours de représentation arrivaient, n'osaient éclairer leur spectacle qu'avec de Yhuile, tandis que les acteurs, chanlans filaient noblement des sons à la lumière des bougies.
çaise ; tous les anciens auteurs sont expulsés , hors Carlin ; je viens d'entendre le compliment de rentrée prononcé par le sieur Raimond , et pour qu'on n'en doute pas , le voici : Après les trois saints d'usage , tout aussi gracieux, tout d'aussi bonne compagnie que les noires, hélas! Raimond a dit :
« Messieurs ,
» Je n'entreprendrai point de vous peindre la vivacité de » notre zèle, c'est par des effets que nous espérons vous en » donner des preuves.
» Un champ vaste et fertile nous est ouvert, les bornes » destaîens sont reculées, tous les genres nous appar- » tiennent , et depuis le drame pathétique, fils naturel de « Mclpomène, jusqu'au vaudeville, joyeux enfant de la » de la gaîté française, chacun va contribuer à la variété » de vos plaisirs.
» Un second théâtre s'élève ! Delillc , Marivaux , » Boissy, vous allez revivre sur notre scène. Thalie qui » n'osait reparaître en ces lieux que sous l'empire de la » déesse de l'harmonie, rentre aujourd'hui dans son do- » marne et reprend ses droits primitifs. Sans briser le lien » qui l'unit à la Muse lyrique, elle pourra régner encore » par elle-même. Venez, jeunes auteurs qu'elle inspire, » venez lui consacrer ici les prémices de vos talens; méri- » tez par d'heureux essais qu'elle vous introduise bientôt » dans son temple, sur le premier théâtre de l'Europe, en » vous rapprochant du trône de Molière.
» Mais une réflexion nous alarme : sommes-nous en état » de seconder leurs efforts! Les nouveaux sujets que Tha- » lie vient de rassembler sont sans doute loin de la perfec- » tion : ne les jugez pas encore à la rigueur, daignez les » encourager par votre indulgence, je l'implore pour eux » et pour moi-même, etc. »
On voit que MM. les Italiens en agirent d'abord en humbles voisins avec nous , ils ne voulaient que glaner,