TOME I
bler que (1c plaire, il n'en est pas moins certain qifiis ne peuvent peindre que ce qu'ils voient tous les jours : des masques et des surfaces; le cœur de l'homme leur échappe, c'est tout simple. Demander de la vraie comédie à Mme de Montcsson , c'était exiger l'impossible ; elle aussi aurait pq répondre ce que le jeune Marmontel répondit à Voltaire qui lui conseillait de tracer des caractères comiques: «Je ne connais pas les visages, et vous voulez que je fasse des portraits!»
M. le duc d'Orléans croyait , lui, en la ressemblance des portraits de son illustre amie; aussi, malgré ce qu'il avait annoncé d'une chute probable, il comptait sur le succès dans toute la sincérité de son amc , et le jour suprême il se montra cent fois plus auteur que Mme de Montcsson» Il attendit le résultat dans des transes que n'éprouverait jamais un homme qui ferait partir de la sa réputation et sa fortune. D'abord il était resté avec cette dame au Rainey, mais il n'y put tenir ; il vint à Paris, sans oser entrer à la Comédie, où sa sensibilité eût été mise à de bien rudes épreuves. On l'instruisit à chaque instant de ce qui se passait au théâtre; les courriers se croisaient, porteurs des plus tristes messages : c'étaient des mots écrits au crayon par des gens apostés aux principales entrées : «On rit, écrivaient-ils; on se moque, on baille, on... etc.» Et, de scène en scène, d'acte en acte, s'amoncelait l'orage : il éclata enfin ; il fallut céder , et la Comtesse de Chazelles périt de mort violente.
Cette chute fut le résultat d'une cabale puissante. On rassembla le même soir chez M. le duc d'Orléans le peu d'amis qui avaient été dans la confidence , et, Mme de Moutesson absente, on arrêta d'essayer une seconde représentation de la pièce , avec des corrections et des changemens que l'on crut nécessaires pour rétablir le succès.
Cependant cette dame arriva du Rainey; apprenant sa funeste déconvenue , elle voulut s'exécuter de bonne grâce, et tout d'abord , elle fit le contraire de la plupart des auteurs, qui ne manquent jamais de se renfermer dans le plus strict anonyme quand ils n'ont pas réussi , et qui